Hommage à Michel Freyssenet. Bernard Jullien

Un chercheur et un intellectuel engagé qui croyait profondément que notre travail doit être pensé et organisé dans des collectifs
Bernard Jullien, Université de Bordeaux, ancien directeur du Gerpisa

Chère Elsie, chers amis,
Je voulais simplement dire ici cet ce qu’a représenté Michel pour moi depuis plus de 25 ans.
Je suis venu pour la première fois à nos réunions du vendredi Boulevard Raspail en 1995. J’étais alors encore un peu jeune et ne savais pas bien ce qu’être chercheur voulait dire. Alors que j’avais vu, dans d’autres cercles, des gens imbus d’eux mêmes, soucieux de briller et d’écraser autrui, j’ai trouvé au GERPISA des hommes et des femmes, chercheurs, professionnels de l’automobile ou syndicalistes, qui se penchaient ensemble sur de vraies questions de la vraie vie d’une vraie industrie.
Dans ces réunions et hors de ces réunions , il soufflait sur l’assemblée un esprit fait de modestie, d’exigence, de rigueur, de recherche des faits et de pertinence des théories.
Cet esprit, je l’ai compris au fil des ans à mesure que je t’ai mieux connu, c’était en large partie le tien Michel et il nous revient aujourd’hui de le garder vivant.

Au delà de l’inventivité dont tu as su faire preuve avec Patrick pour fabriquer cet OVNI de la recherche auquel nous tenons tous tant, c’est de l’exemple que tu as représenté pour moi – et pour bien d’autres je pense – que je peux parler.

Tu étais un chercheur et un intellectuel engagé qui croyait profondément que notre travail doit être pensé et organisé dans des collectifs. Tu savais que ces collectifs ne relèvent pas de la génération spontanée et qu’il faut les fabriquer, les défendre, les animer et leur trouver des alliés.
Pour toi, cela faisait partie du travail et, nous qui t’avons succédé, avons aussi été animés de cette conviction.

Tu croyais, quand tu animais le GIP comme quand tu dirigeais le GERPISA, que notre travail ne pourrait contribuer à faire bouger les lignes que si nous n’étions pas enfermés dans notre monde : au delà des exigences de cohérence et de respect scrupuleux des faits, tu exigeais de toi même et des autres que leurs travaux soient pertinents c’est à dire aptes à trouver, dans l’action ou le combat, des débouchés. Là encore, tu nous a convaincus que ceci n’arrive pas par hasard : cela se pense et s’organise. Tu l’as fait et nous avons essayé de le faire à notre tour.

Enfin, et ce dernier ingrédient est le plus dur à reproduire, il faut, pour que tout cela marche, faire vivre un esprit qui permette à chacun, chercheur ou non chercheur, grand intellectuel reconnu ou jeune chercheur débutant, d’avoir le sentiment qu’il a sa place. Je crois profondément que la convivialité, le respect mutuel, la forme de prohibition de la suffisance que l’on vit au GERPISA depuis des décennies est à ton image.

Sans te départir de ta très grande exigence, tu avais la bienveillance chevillée au corps et, même s’il sera, là encore, difficile de t’égaler, j’essaierai de me souvenir de cela.

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