Stratégies de rentabilité et relations de travail dans le contexte de la transition vers le VCE dans les usines espagnoles de Stellantis et Volkswagen

Publication Type:

Conference Paper

Source:

Gerpisa colloquium, Shanghai (2026)

Abstract:

Notre équipe étudie l'industrie automobile espagnole depuis plus de dix ans, en se concentrant sur les usines Stellantis de Vigo/Saragosse et VW de Navarre/Martorell. Ce nouveau projet de recherche, financé par le ministère espagnol de la Science et de la Technologie, vise à comprendre la stratégie de rentabilité mise en œuvre par ces groupes multinationaux européens dans leurs usines espagnoles, dans le contexte de la transition vers les véhicules électriques. Il examine quels facteurs de cette stratégie sont influencés par le contexte concurrentiel international, façonné par l'émergence du modèle chinois, et quels éléments sont déterminés par les choix technologiques, les stratégies organisationnelles et les aspects subjectifs du travail. Sur le plan des faits, il apparaît que les véhicules à moteur thermique traditionnels restent les plus produits dans ces usines et que l'électrification se concentre principalement sur les véhicules hybrides électriques (VHE). Dès lors, il est pertinent de se demander si la transition annoncée vers les véhicules électriques à batterie (VEB) – avec toutes les implications qu'elle comporte en matière de compétitivité des coûts de main-d'œuvre par rapport aux constructeurs chinois – est une véritable volonté ou un simple prétexte pour neutraliser le pouvoir de négociation des travailleurs.

Dans la première partie, l'objectif sera de caractériser et de cartographier les modèles de transition vers la modularisation et l'électrification de la production. À cette fin, il est essentiel d'identifier les stratégies de rentabilité et les principales décisions industrielles adoptées par les deux groupes d'entreprises analysés, et de comprendre comment ces décisions influencent les modèles d'organisation de la production : tant l'organisation interne du groupe (hiérarchies, répartition des fonctions, relations entre les sites) que la dynamique organisationnelle et les relations de travail au sein des sites. Cette partie sera exploratoire et descriptive : elle vise à comprendre précisément comment la transition se met en place, quels effets elle produit sur le groupe dans son ensemble et quelles différences émergent entre les entreprises dans un environnement concurrentiel, évolutif et complexe.

La transition vers les véhicules électriques modifie profondément les relations de travail et les rapports de force au sein des usines automobiles. L'attribution des nouveaux modèles et des charges de travail dépend de plus en plus de critères de « compétitivité » liés aux engagements des employés en matière de flexibilité, de polyvalence fonctionnelle et de modération salariale, ce qui intensifie la concurrence interne et transfère une partie du risque d'entreprise sur les salariés, sous prétexte de garantir l'avenir de chaque site de production.

Dans ce contexte, l'électrification devient un atout stratégique pour la direction, qui peut conditionner les investissements et les projets industriels à l'acceptation de réformes du travail, renforçant ainsi sa position dans les négociations collectives. Ce projet analyse ces processus en reconstituant les derniers cycles de négociation à Pampelune, Martorell et Wolfsburg, et en examinant comment le « projet électrique » fonctionne comme un mécanisme disciplinaire ou un levier sur les comités d'entreprise.

Enfin, l'électrification remodèle en profondeur le monde du travail. La coexistence de profils hautement numérisés avec d'autres liés aux centrales thermiques ou à des tâches plus standardisées engendre de nouvelles segmentations et inégalités au sein de la main-d'œuvre, posant des défis importants à la représentation syndicale.

L'étude empirique combine des entretiens semi-directifs avec des ouvriers de production, des techniciens, des cadres intermédiaires et des représentants syndicaux, avec l'observation directe des processus de production, lorsque cela est possible, et une analyse documentaire systématique des conventions collectives, des accords d'entreprise, des communications syndicales et des documents d'entreprise. Cette approche permet de reconstituer à la fois les transformations matérielles du travail et les processus de négociation, de conflit et de légitimation qui accompagnent la transition vers les véhicules électriques, confortant ainsi le postulat central du projet : le travail n'est pas une variable dépendante, mais bien un élément constitutif des stratégies industrielles et de la gouvernance transnationale du secteur automobile.

  GIS Gerpisa / gerpisa.org
  4 Avenue des Sciences, 91190 Gif-sur-Yvette

Copyright© Gerpisa
Concéption Tommaso Pardi
Administration Alexandra Kuyo, Lorenza Monaco,, 

Powered by Drupal, an open source content management system
randomness