| La Lettre du GERPISA | no 117 (novembre 1997) |
Désintégration, internationalisation, partenariat : ces maîtres-mots des évolutions en cours au sein du système automobile touchent également l'industrie du véhicule industriel. De ce point de vue, les initiatives récentes et en cours au sein de Renault VI s'accélèrent, de telle sorte qu'il est utile de tenter d'en dresser un point actuel.
Il y a trois ans, avec Jean-Jacques Chanaron 1, nous avons montré comment on avait affaire, dans cette activité, à deux modèles d'organisation industrielle : un modèle plutôt américain (modèle A) et assembleur, un modèle plutôt européen (modèle E) et intégré. RVI est en train de réaliser rapidement un passage du modèle E au modèle A.
Mais peut-il le rester longtemps ? D'un point de vue interne, RVI ne peut guère compter sur le soutien en capital de son actionnaire Renault pour prendre d'importantes initiatives nouvelles ; du point de vue de la concurrence internationale, RVI est un petit constructeur mondial, et les places prépondérantes sur les grands marchés d'Europe et d'Amérique sont fortement tenues par Mercedes...
A ce moment, RVI, c'est quoi ? Une base européenne (France et Espagne, l'usine britannique a été fermée, et une filiale AA en République Tchèque) et une filiale américaine, Mack Trucks ; 30,5 milliards de francs de CA en 1996 ; 64 000 véhicules vendus ; une gamme en profond renouvellement, sur tous les segments du marché des PL ; environ 11 % du marché européen, avec une très faible part de marché en Allemagne. La marge de manoeuvre du groupe est contrainte de deux manières :
Face à un marché où la concurrence se durcit et où la pression à la baisse des prix va de pair avec une concentration rapide des transporteurs, qui renforcent ainsi leur pouvoir de négociation, la recherche d'un abaissement du point mort et d'une plus grande réactivité s'impose sans réelle alternative. D'où une succession d'initiatives que rappelle le tableau ci-dessous.
| coopération moteurs | MAN : échec du partenariat | ||
| fabrications plastiques vénissieux | confiées à INOPLAST | ||
| Groupes électrogènes | abandon | ||
| Filiale CAMIVA (200 Mf de CA) | IVECO majoritaire | ||
| regroupement des activités AA | opération interne site d'Annonay | ||
| fourniture de composants et commercialisation | SISU (Finlande) | ||
| composants communs pour la gamme moyenne :
cabines ? ponts arrière ? |
DAF (groupe Paccar) | ||
| fabrication boîtes de vitesse | ZF majoritaire | ||
| filiale COMELA
tôlerie, mécanique générale |
NELSON (100% sur une partie) |
On voit que les initiatives de RVI se déploient sur deux plans.
On peut ajouter enfin que le regroupement à Annonay de l'ensemble de la fabrication France des autocars et autobus (la filiale spécialisée Karosa est en République Tchèque) est de nature à faciliter, là aussi, la recherche d'une taille critique mondiale.
Telles sont les évolutions en cours qui, comme on le voit, peuvent être, en matière de VI, beaucoup plus rapides qu'en matière de VP.
2 - Au moment où Daimler-Benz s'apprête à acheter les poids lourds de Ford, ce qui porterait sa part de marché théorique des plus de 16 tonnes aux États-Unis à près de 40 % en 1996, une addition des parts de marché de Paccar (11,6 % Peterbilt et 10,4 % de Kenworth) et de Marck (12,1 %) aboutirait à construire un compétiteur vraisemblable, mais tout aussi théorique : de là à la réalité ...