| La Lettre du GERPISA | no 153 (Juillet 2001) |
Editorial - Yannick Lung
La Neuvième rencontre internationale a été très riche. Plus de 180 personnes, chercheurs et professionnels, y ont participé, avec l'arrivée de nouveaux membres venant présenter leurs travaux au sein du réseau. Une cinquantaine de papiers est disponible sur le CD-rom et des interventions complémentaires seront bientôt disponibles sur le serveur du GERPISA.
La diversité des pays et des régions couvertes (Amérique du Nord, Amérique du Sud, Union Européenne, Europe centrale et orientale, Japon, Corée, Chine, Australie) et l'introduction de nouveaux domaines jusque là peu traitées dans nos travaux (distribution, marketing, e-commerce, conception, recyclage) ont permis d'élargir les discussions pour appréhender les changements dans les systèmes automobiles régionaux.
Le th`me central du colloque Les reconfigurations de l'industrie automobile (alliances, cessions, fusion-acquisition, partenariats, scissions,...) a mis en évidence les limites des processus de fusion et acquisition et il a permis de mieux connaître les processus de coopération dans les alliances entre constructeurs automobiles. Les professionnels de la table-ronde ont apporté des témoignages particulièrement intéressants que les présentations ultérieures ont prolongé dans l'analyse des dynamiques d'apprentissage (inter-)organisationnel associées à la mise en place de nouvelles procédures de coordination des connaissances et des compétences entre constructeurs.
Sur le plan vertical (relations constructeurs-équipementiers), les coopérations ont été abordées à travers les développements de la production modulaire. D'une part, il semble que les constructeurs japonais, très réticents en la matière, s'engagent dans cette direction. D'autre part, avec le recul dont on dispose aujourd'hui, il apparaît que les expérimentations les plus anciennes, notamment au Brésil, suscitent certaines difficultés dans la mise en oeuvre de la production modulaire, dans les relations entre les constructeurs et les équipementiers localisés sur les sites d'assemblage, comme dans la gestion de la relation salariale. Si la financiarisation a été un enjeu majeur depuis quelques années (voir l'éditorial de la Lettre n°152), la question du travail pourrait réapparaître au cour des enjeux futurs de l'automobile.
Les travaux sur la financiarisation soulignent en effet le caractère très relatif de la domination des marchés financiers et, si la création de valeur actionnariale est une contrainte que les dirigeants ont à prendre en compte, la sanction ultime restera celle du marché. C'est souvent dans les phases de retournement conjoncturel que se révèle la capacité de l'entreprise de faire face à ces difficultés et la pertinence des capabilités technologiques et organisationnelles, capabilités dont sont porteurs son organisation et ses salariés.
Il importe donc d'affiner l'étude des impacts de la financiarisation sur la recomposition des gouvernements d'entreprise et sur l'organisation productive. Dans la mesure où la production modulaire trouve son origine essentiellement dans l'industrie européenne et comme les contextes institutionnels nationaux spécifient, sous des formes hybrides, la diffusion des logiques de création de valeur actionnariale venues des Etats-Unis, l'Europe joue peut-être un rôle majeur dans l'alchimie susceptible de déboucher sur l'émergence d'un modèle industriel original qui rendrait compatible des stratégies de profit jusque là exclusives.
Les travaux présentés lors du colloque du GERPISA comme lors des séminaires CoCKEAS apportent des éléments de réponse à cette question. Il nous reste à assimiler ces contributions et à les mettre en musique pour mieux discerner les changements en cours. La dixième rencontre permettra de reprendre le débat. Elle aura lieu les 6, 7 et 8 juin 2002 au Palais du Luxembourg à Paris. D'ici là les séminaires CoCKEAS de Venise et de Berlin constitueront des étapes importantes dans la progression de notre réflexion collective.