La Lettre du GERPISA no 135 (octobre 1999)

Éditorial - Michel Freyssenet


En veux-tu ? en voilà !

On ne peut être quíimpressionné par la multiplication des annonces de nouveaux modèles de véhicules chez pratiquement tous les constructeurs. Le dynamisme du marché dans la plupart des pays industrialisés, les méga-alliances, les profits réalisés semblent euphoriser les dirigeants. Qui ne prévoie pas ou níambitionne pas de lancer, en dehors de la gamme classique des berlines, monospaces, véhicules récréatifs, voiture urbaine, break, coupé, cabriolet, tout terrain, tout chemin, véhicule semi-utilitaire, véhicule bon marché pour pays émergents, remake de modèles emblématiques, véhicule de très haut de gamme, mini-voitures, voitures sportives, voiture pour jeunes, voitures pour femme, etc., sans compter les véhicules hybrides quant au concept (les coupéspaces) ou à la motorisation (bi-énergie), et les multiples versions. DaimlerChrysler níannonce-t-il pas un modèle par mois (une version étant bien sûr assimilée à un modèle, mais tout de même !).

Cette étonnante prolifération peut être aussi un signe de désarroi des constructeurs, qui ne savent plus très bien comment se recompose et se diversifie la demande automobile. Car si nombre díentre eux se sont félicités de la dérégulation des rapports salariaux leur offrant une flexibilité tant espérée, ils níont pas clairement vu sa conséquence sur le marché automobile tant du point de vue quantitatif que qualitatif. Il est désormais dépendant díune distribution du revenu national beaucoup plus concurrentielle entre salariés, beaucoup plus variable dans le temps, beaucoup plus différenciatrice socialement. Or líautomobile demeure un des signes majeurs de distinction et díaffirmation sociale, exigence díautant plus forte aujourdíhui que le passage à un nouveau statut économique et social quíelle veut manifester est rien moins que durablement assuré. Travail et marché sont liés : líun faisant toujours retour sur líautre.

La demande classique, sagement hiérarchisée, ne génère plus les volumes suffisants. Les demandes nouvelles sont multiples, de nature différente et instables, impliquant de concevoir des produits, dont les éléments communs peuvent être beaucoup plus réduits quíon ne le pense. Tous les constructeurs níont pas la capacité et la possibilité de les appréhender correctement et de les satisfaire de manière profitable, compte tenu du " compromis de gouvernement díentreprise " qui est le leur aujourdíhui.


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