| La Lettre du GERPISA | no 125 (octobre 1998) |
Au printemps de 1998, la Seicento (3,32 m de longueur) a succédé à la Cinquecento, l'une des voitures les plus courtes du marché. Comme son prédécesseur, ce nouveau modèle Fiat est toujours produit en exclusivité en Pologne. Lorsqu'elle avait été lancée à la fin de 1991, la Cinquecento avait étonné par sa taille (3,41 mètres de long) et on lui avait prédit un avenir brillant de petite voiture urbaine et d'objet de motorisation des populations polonaises, aujourd'hui vouées au capitalisme mais qui avaient déjà pu se faire la main avec des Fiat 126p, ancêtres de la Cinquecento.
Malheureusement pour la Cinquecento, la Twingo est arrivée sur le marché quelques mois plus tard. Plus originale, plus habitable et, surtout, plus branchée, elle a contraint la Cinquecento à des débouchés plus limités. Seules les primes à la casse dans les pays latins allaient lui permettre de jouer, aux côtés de la Panda, la carte de la voiture neuve au prix de la voiture d'occasion (le prix moyen de la voiture d'occasion en France est de l'ordre de 28.000 francs, celui de la voiture neuve de 100.000 francs et le prix de base d'une Cinquecento est de 42.000 francs). Autre désagrément vécu par la petite Fiat, les clients polonais, bons élèves de la société de consommation, se sont tournés vers les voitures occidentales, la Pologne ayant ouvert son marché en raison de son désir de se rapprocher de l'Union européenne. Dans une économie de pénurie, on prend ce qu'il y a, dans une économie d'abondance, on choisit !
Dans ces conditions, il est curieux que, avec la Seicento, Fiat n'ait pas rectifié le tir. Même le nom du modèle n'est guère mieux prononçable (pardon à nos lecteurs italiens !). Son habitabilité n'est pas meilleure, ses moteurs sont les mêmes et son image risque d'être tout aussi banale. Surtout, elle devra faire face, d'une part à des petites voitures urbaines beaucoup plus branchées (comme la Smart, la Ka, voire la Volkswagen Lupo) et d'autre part à des petites voitures aussi banales mais sans doute moins chères (la Hyundai Atoz et, surtout, la Daewoo Matiz, elle aussi produite en Pologne). En tout cas, le marché est beaucoup plus encombré qu'il ne l'était il y a sept ans.
Il est dommage que Turin qui a su exploiter à fond ses ressources stylistiques pour relancer un modèle ou une marque (il suffit de voir une Alfa 156 pour le comprendre) n'ait guère trouvé l'inspiration qui aurait permis de rendre la Seicento plus mignonne.
Quant à l'Europe centrale, désormais appelée à connaître un niveau de vie en augmentation, elle se tournera de plus en plus vers des voitures moyennes comme la Golf ou la Mégane. D'abord, ces voitures répondent mieux au besoin des clients, présentant un compromis entre des prestations de bon niveau (habitabilité suffisante pour une famille, confort satisfaisant sur une route longue) et un prix acceptable. De plus, pour des raisons en partie pratiques et en partie psychologiques, les habitants d'Europe centrale sont désireux de se motoriser "à l'occidentale" c'est-à-dire avec la même voiture qu'achètent les Allemands ou les Français, pas avec celle qu'achètent les enfants de ces derniers. L'âge d'or des petites voitures urbaines correspond à la multi-motorisation des ménages, étape que ces pays ne vont pas franchir dans l'immédiat.
Pour prolonger cette réflexion sur l'adéquation chez Fiat entre produit et pays, on peut également se demander si la voiture tiers-mondiale lancée il y a deux ans (l'ensemble Palio-Siena) constitue une réponse idéale aux besoins de motorisation des pays émergents. Il s'agit en fait d'une voiture créée sur une plate-forme de Uno et correspondant aux conditions de roulage particulières à ces pays (suspensions adaptées au réseau routier ou moteurs réglés aux normes antipollution et aux qualités locales des carburants). Or, la Palio se trouve en concurrence sur la plupart de ses marchés avec des modèles européens traditionnels. Comme si les conducteurs brésiliens, marocains ou polonais ne savaient pas que les Italiens, eux, roulent en Punto. Dans un contexte d'ouverture grandissante des frontières et des esprits, les Palio et Siena sont confrontées à des modèles plus jeunes et réputés meilleurs, même s'ils s'avèrent plus chers.
Les Japonais ont emprunté le même chemin que Fiat mais un peu avant lui avec des voitures "asiatiques", simples et abordables, réalisées sur des plates-formes existantes (Toyota Solana et Honda City). Malheureusement, la crise financière et économique est venue sur ces marchés comme un typhon et l'observateur a bien du mal à discerner si ces modèles adaptés à l'environnement local constituent la solution idéale à la motorisation des pays en voie de développement.
En fait, on peut se souvenir que la voiture "idéale" des pays en voies de développement a longtemps été la Mercedes Classe E (la 200/300 d'autrefois), d'abord parce que les seuls qui pouvaient s'offrir une voiture en avaient vraiment les moyens, ensuite parce que les parvenus de ces pays pouvaient s'imaginer les égaux des riches Européens...