| La Lettre du GERPISA | no 121 (mars 1998) |
Le 23ème salon « Rétromobile » de Paris a ferme ses portes le 15 février 1998. Le succès grandissant et la forte médiatisation de ce rendez-vous annuel des collectionneurs de vieilles voitures révèle une face essentielle de l'objet automobile. La passion des amateurs qui viennent y dénicher une pièce de moteur ou un morceau de carrosserie se combine avec l'engouement d'un public plus diversifie qui s'intéresse aux miniatures, a la documentation spécialisée ou tout simplement au plaisir de rêver.
Parce que ce salon célèbre la matérialité concrète de l'automobile en même temps que sa dimension mythique, il me parait intimement liée aux sujets d'étude du GERPISA. D'ailleurs la plupart des constructeurs y sont présents en se positionnant plus ou moins discrètement derrière leurs structures de commémoration. Et la multiplication des célébrations (Centenaire de Renault et de Michelin, cinquantième anniversaire de la 2 CV et de Honda) suggère qu'il ne s'agit pas seulement d'histoire ancienne et de véhicules étranges.
Certes, les voitures de luxe occupent une place de choix et suscitent des attroupements admiratifs. On photographie beaucoup ces bolides et limousines qui sont souvent « à vendre » et dont le prix (rarement affiché) nous maintient à une distance respectueuse. Mais ces modèles ont perdu de leur arrogance avec la chute des cours depuis les années 90. Les tentatives de spéculation sur les automobiles de prestige ont été contrariées par les contraintes techniques parce qu'une voiture ne peut fonctionner que si elle est utilisée et entretenue.
Ainsi le salon confirme le mouvement ascendant des « ancêtres » d'avant 1914 et ceux de l'entre-deux-guerres qui ont consolidé leur position de référence. Pour les collectionneurs ces modèles sont la « vérité automobile » parce que ce sont les machines qui ont tout inventé dans leur domaine. Les solides connaissances mécaniques nécessaires à leur fonctionnement les avait préservés de la spéculation en les réservant aux amateurs et aux musées de l'automobile. Ces modèles « vétérans » sont très présents et bien mis en valeur à Rétromobile. La voiturette Renault de 1898 ou le taxi (« de la Marne »), les modèles T et N de Ford etc. semblent être utilisés comme des points de repère (chronologiques) et comme les vedettes de l'histoire et du succès de leur entreprise.
Néanmoins, ce sont les modèles populaires de l'après-Seconde-guerre-mondiale qui dominent ce salon. Le triomphe de la 2 CV (déclinée ici dans une vingtaine de versions) montre que les visiteurs sont avant tout attachés aux voitures de leur jeunesse, à celles de leurs parents ou même de leurs grands-parents. Ils aspirent à « reconnaître » un véhicule plus ou moins lié à leur propre histoire et s'intéressent alors à en découvrir les variantes ou à en remonter les filiations. Ainsi, la présentation des trois prototypes non restaurés de la 2 CV (1939) fait sensation. Dans une même opération, elle dévoile des pièces de collection rares, elle expose des documents historiques bruts et elle suggère le défi technique que représente leur restauration.
Ce tour de force est caractéristique de la diversité des prestations proposées par les exposants aux publics de Rétromobile. Ce salon reste avant tout un lieu de rencontre des collectionneurs et de leurs associations. C'est en même temps une vitrine de la passion automobile et l'occasion de commémorations offensives, à la manière de Renault qui dans une belle opération de communication, y exalte un « moteur d'idées depuis cent ans ». C'est aussi le marché florissant de la littérature automobile et des documents « historiques » qui en découlent. Et, maintenant repoussée au fond du salon (alors qu'elle en a été l'origine), la foire aux pièces de « vieilles bagnoles » révèle les dessous de l'automobile et rappelle qu'une voiture est avant tout l'assemblage de ses composantes.