Le besoin croissant d’automobile des Français génère de moins en moins de business pour la filière

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Le suivi des budgets automobiles des familles françaises sur des bases statistiques solides permet de vérifier que des phénomènes sur lesquels on n’a que des indications partielles sont – ou non – avérés. Le traitement de l’enquête "Budget des Familles" de 2017 que nous comparons à celui que nous avions fait de celle de 2011 est, de ce point de vue, une confirmation : sauf en Région parisienne, les ménages ne se détournent pas de l’automobile mais continuent de s’équiper et de se "multi-équiper". Ils le font toutefois en recourant de plus en plus à l’occasion et en faisant vieillir leurs parcs. Il en résulte que l’achat de voitures neuves est réduit à la portion congrue.

L’Insee comme les autres offices statistiques nationaux ausculte périodiquement les budgets des familles en recrutant plusieurs milliers de ménages qui doivent remplir de très complets carnets de dépenses. Comme l’enquête est très lourde et couteuse, elle n’est réalisée que tous les cinq ou six ans et son dépouillement prend du temps.

Les chercheurs ont accès aux fichiers et il leur est ainsi possible de faire leurs propres traitements. C’est ce que nous avons fait pour l’enquête conduite en 2017 comme nous l’avions fait pour celle de 2011. La comparaison confirme assez largement des tendances repérables depuis des années : le parc des ménages croît en vieillissant et si cela permet une légère croissance du chiffre d’affaires de l’entretien réparation et de l’activité véhicule d’occasion, ceci ne s’accompagne pas d’une croissance des ventes de véhicules neufs.

Ainsi, entre 2011 et 2017, le nombre de ménages est resté à peu près constant (aux alentours de 29,3 millions) mais le parc qu’ils déclarent détenir a, quant à lui, cru de 2,3 millions pour passer de 34 à 36,3 millions. Ceci signifie que le nombre de véhicules par ménage a légèrement cru (de 1,16 à 1,23). Cette croissance se répartit assez bien entre les ménages riches et pauvres mais est, en pourcentage, plus de deux fois importante pour les ménages du premier quintile que pour les ménages du cinquième quintile.

Par zones d’habitation, il est notoire que le parc des ménages vivant dans le monde rural progresse alors que le nombre de ménages baisse de telle sorte que le nombre de véhicules par ménage passe de 1,48 à 1,62. Dans le monde péri-urbain, la population progresse de plus de 410.000 ménages et le parc de presque 1 million. Il en va de même dans les villes moyennes et leurs agglomérations : la population augmente et le parc plus encore. Dans les grandes agglomérations, la population stagne mais le parc progresse.

Seuls Paris et la Région parisienne se singularisent et pourraient éventuellement incarner l’idée d’un désamour pour l’automobile : la population y baisse légèrement et le parc plus encore. Le nombre de véhicules par ménage passe de 0,83 à 0,78. La baisse concerne essentiellement les ménages les plus aisés, ceux du premier quintile continuant à faire croître leur équipement.

En termes de dépenses automobiles, il est frappant de constater que, même en euros courants, la croissance du parc ne s’accompagne pas d’une croissance équivalente des budgets automobiles. Selon la comptabilité nationale, les consommations automobiles ont cru de 5% alors que le parc croissait de presque 7%. En retraitant les données de l’enquête budget, nous parvenons de même à des dépenses totales des ménages pour l’automobile qui étaient de 154 milliards d’euros en 2011 et qui sont de 160 milliards en 2017 : la progression est de moins de 4% ; la dépense est en baisse en euros constants ; l’automobile coute de moins en moins cher. Ainsi, la dépense par véhicule est passée de 4.541 euros en 2011 à 4.421.

Ceci correspond essentiellement à un vieillissement du parc qui est sur les six ans de 0,5 an (de 9,91 à 10,41 an). Il est particulièrement prononcé dans les grandes agglomérations hors Paris et est beaucoup plus fort pour les ménages du premier quintile que pour les ménages les plus aisés : le parc des ménages modestes est passé de 11,96 ans à 12,76 ; celui des ménages du cinquième quintile est passé de 7,97 ans à 8,32. La dispersion s’accroit car la dépense automobile la plus arbitrable est la dépense d’acquisition : dès lors que l’on acquiert un véhicule pour s’en servir et parce qu’il ressort comme le moyen le plus raisonnable ou confortable de couvrir ses besoins de mobilité, les principales dépenses d’utilisation deviennent incontournables. C’est le cas des dépenses en assurance, en carburant et, pour l’essentiel, en entretien réparation.

On observe ainsi que, pour ces dépenses (assurance, carburant, entretien), en raisonnant par véhicule, on a entre les ménages d’assez faibles dispersions des dépenses d’utilisation d’un quintile à l’autre : le carburant coute en moyenne 1.030 euros (950 pour les ménages modestes et 1.068 pour les plus aisé) ; l’après-vente 1.140 (1.037 vs 1.241) et l’assurance 221 (201 vs 237). En termes de frais d’utilisation, par voiture et par an, les ménages les plus contraints payent 160 euros de moins que la moyenne et les plus riches 300 de plus. La dispersion est faible.

En raisonnant par zones de densité, les écarts sont plus prononcés en raison des coûts très dissemblables de péages, parking et amendes : leur coût annuel est de 158 euros dans les espaces ruraux et de 890 euros à Paris (477 dans les grandes agglomérations hors Paris). Ainsi l’utilisation d’un véhicule coûte annuellement 2.550 euros le monde rural et 3.325 euros à Paris. On comprend pourquoi on se démotorise dans un cas et pas dans l’autre.

Lorsque l’on examine les dépenses d’acquisition, le tableau est assez différent. En effet, on observe que ces dépenses baissent entre 2011 et 2017 de 1,7 milliard d’euros (de 61,5 à 60,8 milliards). Ceci correspond à une baisse de 330.000 véhicules neufs vendus aux ménages qui a plus que compensé le renchérissement des véhicules (les valeurs unitaires moyennes des véhicules acquis sont passées de 21.310 euros à 26.230).

La progression du nombre de VO vendus de 5,4 à 5,7 millions s’est accompagnée d’une légère baisse de leurs prix moyens (de 6.263 à 6.038 euros) : pour parvenir à continuer de s’équiper sans laisser dériver leurs budgets automobiles, les ménages français ont continué à s’équiper en VO de plus en plus anciens plutôt qu’en VN. Ils ne parviennent pas à suivre la hausse des prix et, dans la mesure où les véhicules sont devenus plus fiables, l’alternative VO - et VO anciens en particulier - est raisonnable.

Ainsi lorsque l’on examine les ménages les plus équipés dans le premier quintile, ceux du monde rural, on observe que ces 1,07 million de ménage sont 917.000 à être équipés et possèdent 1,3 million de véhicules. En 2017, ils ont acheté une dizaine de milliers de VN pour 232 millions d’euros et 250.000 VO valant 3.740 euros en moyenne pour 940 millions.

Les ménages les plus aisés dans les mêmes territoires (monde rural) sont 955.000. 934.000 sont équipés et ils possèdent 1,8 million de véhicules. Eux ont acheté 77.000 VN pour 2,34 milliards d’euros et 167.000 VO valant 9.653 euros en moyenne pour 1,6 milliard . Par véhicule, les dépenses d’acquisition des premiers sont annuellement de 890 euros alors que celles des seconds sont de 2.233 euros : l’essentiel des 2.000 euros annuels qui différencient leurs budgets par véhicule (3.234 euros pour les ménages modestes et 5.162 pour les ménages aisés du monde rural) vient de là car autant on ne peut que difficilement réduire ses dépenses d’utilisation autant il est toujours possible de retarder le renouvellement et/ou d’acheter des véhicules plus vieux.

C’est ce que font les Français depuis des années et, alors que 2017 était plutôt une assez bonne année pour le business, l’enquête budget montre que ces tendances s’affirment et expliquent la difficulté de vivre bien dans ces métiers de la vente et de l’après-vente automobile. L’électrification renchérira encore les véhicules et pourrait accentuer ces phénomènes. Elle peut tout de même libérer un "disponible pour l’automobile" en annihilant le budget carburant et en réduisant le budget entretien-réparation.

15/11/2021

 

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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