Résultats 2020 de Renault : déjà un effet de Meo?

 La présentation des résultats de Renault n’a pas surpris grand monde : pertes très lourdes, impact très fort des pertes de Nissan, bon comportement des stocks et du mix, plan de réduction des coûts à échéance 2023 déjà largement réalisé et nette amélioration au S2, tout ceci était attendu. Paradoxalement, ceci semble indiquer que, avant même que Luca de Meo n’ait eu le temps de marquer réellement l’entreprise de son empreinte, celle-ci serait à même de s’en sortir. L’effet de Meo serait alors à attendre pour 2022 ou 2023 dans un contexte où l’entreprise serait déjà en meilleure posture.

La présentation des résultats financiers de Renault  – comme celle du plan Renaulution un mois plus tôt – a été particulièrement bien préparée et a finalement été assez peu commentée tant elle a réservé peu de surprises.  
A l’image du discours que tiennent Luca de Meo (LDM) et ses équipes, les comptes et leur dégradation ont paru refléter non seulement l’impact de la crise Covid mais aussi les effets dommageables de la stratégie passée. De même, la nette amélioration perceptible au second semestre est censée renvoyer autant -sinon plus- aux premiers effets du plan de redressement qu’à l’amélioration des conditions de production et de vente enregistrée un peu partout dans le monde une fois le pire de la crise sanitaire passé.
 
Le fait que le retour à une marge opérationnelle positive au second semestre n’ait pas suffi, dans les comptes annuels, à effacer la dégradation très alarmante de la situation de l’entreprise notée au S1 renvoie ainsi à la fois à une conjoncture qui, au S1, a été exceptionnellement mauvaise et à l’impossibilité dans laquelle était le management de Renault d’effacer en si peu de temps les dégâts causés par la stratégie antérieure. 
 
Dès lors que ce qui est vrai chez Renault est également vrai chez Nissan, les mêmes causes produisant les mêmes effets, les pertes de Renault sont plus que doublées par l’intégration dans ses résultats de celles de Nissan.
En présentant des résultats de Nissan en nette amélioration au quatrième trimestre 2020 et des résultats de Renault en nette amélioration au S2, les dirigeants de Renault corrigent les effets potentiellement désastreux de l’annonce d’une perte de 8 milliards d’euros en indiquant que la situation pourrait se redresser dès 2021. La Bourse ne semble avoir adhéré qu’à demi à cette stratégie de communication puisque l’action a perdu vendredi 4,43 %, à 38,03 euros.
 Il est toutefois probable que la chute aurait été plus brutale encore si les analystes n’avaient pas pu entendre vendredi matin les discours très rassurants de Luca de Meo, Clotilde Delbos, Denis Le Vot et Gilles Le Borgne.
 
De fait, il faut se souvenir que la première sortie publique de LDM avait correspondu, en juillet, à l’annonce des résultats du S1 : Renault n'avait alors jamais publié une perte nette d'une telle ampleur puisque celle-ci atteignait 7,3 milliards d'euros pour les seuls six premiers mois de l'année. Dès lors que PSA faisait état au même moment d'un bénéfice net de 595 millions d'euros, la seule "conjoncture Covid" ne pouvait être invoquée, le titre perdait 9 % et LDM devait avouer que les raisons de ces résultats catastrophiques étaient ailleurs.
 
Certes, "l’effet Nissan" pesait pour 4,8 milliards sur les résultats du groupe mais la perte d'exploitation de Renault seul était de 2 milliards d'euros sur les six premiers mois. Elle tenait compte d'une dépréciation de 445 millions d'euros, afin de prendre en compte des "hypothèses de volume revues" à la baisse "pour certains véhicules" ainsi que des provisions pour charges de restructuration pour 166 millions d'euros "principalement liées au plan de départs anticipés en France" mais elle indiquait clairement que, malgré les mesures de chômage partiel qui transféraient aux états une part significative de la charge de l’ajustement à la baisse drastique des ventes, Renault ne s’en sortait pas.
 
"La situation est sans précédent. Elle n'est pas sans appel", avait alors indiqué le nouveau patron en mettant en valeur le travail engagé par C. Delbos et ses équipes avant son arrivée pour concevoir le plan de redressement largement centré sur la profitabilité et l’abaissement du point mort. C’est celui-ci qui semble avoir permis que, six mois plus tard, les annonces faites soient finalement très proches de celles de juillet : la perte n’a augmenté en six mois "que" de 700 millions dont un tiers est dû à Nissan.
 
La marge opérationnelle du S2 est de 3,5% du CA (contre 3,7% au S2 2019). Comme l’ont souligné les quatre dirigeants, à condition que l’environnement ne réserve pas de trop mauvaises surprises côté matières premières, variations de change et crise sanitaire, il devrait résulter de cette tendance un retour à la profitabilité dès 2021.
Ainsi les profits reviendraient avant même que le plan produit ne permette d’engranger les profits liés à un "retour sur le segment C" pour lequel, selon LDM, Renault a une place naturelle mais a raté le dernier cycle produit (celui des SUV). Si tel est le cas, c’est nous a dit LDM, parce que le travail de Gilles Le Borgne pour comprimer les coûts d’ingénierie vont avoir des effets de plus en plus nets car les comptes ne seront plus plombés ni par le poids des amortissements des trop lourdes dépenses en R&D capitalisées par le passé ni par l’abandon de certains projets et les dédommagements des partenaires auxquels il a encore fallu procéder au S2 en 2020.
 
Pour le reste, sur le S2 2020 comme pour 2021, ce sont essentiellement les produits et les technologies que Renault avait mis dans son Hub avant LDM - et avant Le Borgne d’ailleurs – qui rendent optimistes : les VE (Zoé, Twingo et Spring) et les VH et VHR avec leur technologie originale ont effectivement permis, bien avant que la Renaulution n’opère, un assez bon positionnement des produits Renault sur les marchés en mutation très rapide en 2020.

Il ne va s’agir en 2021 que de continuer de surfer sur cette vague mais cela pourrait éventuellement suffire en Europe au moins. L’effet LDM restera alors essentiellement médiatique et ne deviendra réel qu’ensuite. 

22/02/2021

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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