L’actualité stratégique
des constructeurs à laquelle le Mondial de l’Automobile
2006 à Paris donne une caisse de résonance particulière
donne lieu une fois encore à une demande d’analyse
qui, étant donnée la place de cette industrie
et des usages qui y sont associés, semble légitimer
l’existence d’une recherche active sur ces questions.
En effet, la tentation de partir en quête de la solution
qui permettrait à chacun de sortir des difficultés
que posent la saturation des marchés mûrs d’une
part et l’expansion chaotique des marchés émergents
d’autre part constitue la tentation naturelle de tous
ceux qui, comme nous chercheurs, assistent à cette nouvelles
phases de l’histoire de l’industrie.
Pour le GERPISA qui a dans ses gènes
inscrit l’exigence d’un examen permanent des questions
aujourd’hui objet d’un débat public et médiatique,
un tel contexte doit être une double source de dynamisme.
En effet, nos travaux passés nous confèrent une
légitimité pour prendre part à ce débat
et éviter que la parole médiatique ne soit monopolisée
par des « experts » d’autant plus prompts
à énoncer des vérités qu’ils
évoluent dans la méconnaissance de la complexité
des questions posées et de la variété des
réponses que l’histoire de l’automobile leur
a apportées. La fréquence de nos apparitions dans
les médias constitue dans cette perspective une première
source de satisfaction. Lorsque, d’autre part, on se tourne
vers l’avenir, les questions que la « demande sociale
» exprime sont à la fois nouvelles et susceptibles
d’être traitées selon une méthode
qui a fait ses preuves au GERPISA.
En effet, ce qui est fondamentalement en cause
est un changement du contexte dans lequel les constructeurs
tentent de définir et de trouver des débouchés
à leurs offres. Comme l’histoire de l’automobile
telle qu’elle a été examinée dans
les travaux du GERPISA en particulier l’indique, de tels
changements seront interprétés et intégrés
par les différentes firmes de manières dissemblables
et si certaines dégageront dans cet effort d’adaptation
des résultats supérieurs aux autres il n’en
résultera pas pour autant un alignement des pratiques
sur celles qui pourraient s’avérer supérieures.
Ceci signifie que dans notre travail permanent et in vivo sur
ces mutations, éclairé comme toujours par un réexamen
de l’histoire, nous avons à tenter d’identifier,
sur la base de ce que nous croyons savoir de l’histoire
des firmes telle qu’elle s’est nouée jusqu’ici,
des modes renouvelés de définition des stratégies
de profit et des politiques produits en train de s’écrire.
Pour cela, plus encore que par le passé,
nous aurons besoin de qualifier les contextes et, en particulier
de comprendre mieux comment se forment les demandes automobiles
dans les pays développés et dans les pays émergents.
Cela semble en effet une question clé pour saisir la
distribution très inégale des aptitudes apparentes
des constructeurs à trouver ou à retrouver les
débouchés dont ils ont besoin sans avoir à
brader leurs produits.
Entre autres questions posées à
l’occasion du Mondial, signalons à ce sujet les
propos très stimulants de Patrick Blain, directeur général
adjoint de RENAULT chargé du commerce, qui parle pour
l’Europe d’une demande bi-modale où véhicules
à 40 000 euros et véhicules à moins de
10 000 constitueraient les deux « segments dynamiques
» posant des problèmes lourds aux « généralistes
». De même, sur les marchés émergents,
si l’on songe à PSA, la question des conditions
dans lesquelles les uns et les autres sauront donner à
d’anciennes plateformes une nouvelle vie en concevant
des gammes adaptées renvoie sous d’autres formes
aux mêmes types de problèmes. Sur ces bases, on
peut penser que l’idée d’inscrire parmi nos
préoccupations majeures, cette dimension pourrait non
seulement être stimulant intellectuellement mais encore
trouver un écho chez certains acteurs majeurs.