La publication des comptes 2005 de Ford et
GM a une nouvelle fois mis en exergue l’importance des
captives de crédit pour la survie des constructeurs.
Ainsi, sans Ford Credit, Ford n’afficherait pas 2 milliards
de dollars de résultat net mais presque 4 milliards de
pertes de même que sans GMAC, GM ne perdrait pas 8,6 milliards
de dollars mais plus de 11.
Pourtant, GM se prépare à céder
une participation majoritaire dans GMAC.1
Cette décision surprenante renvoie à la très
mauvaise tenue des titres des groupes automobiles américains
sur les marchés et plus précisément à
la dégradation de la notation de leurs dettes principalement
dues à leurs filiales financières. Pour Ford et
GM d’abord puis pour Ford Credit et GMAC désormais,
Standard & Poors considère que leurs dettes, classées
« BB », relèvent de la catégorie «
junk » (spéculative).2 Cette
évolution conduit les captives financières à
voir leur compétitivité obérée par
le coût très élevé de leur accès
aux ressources dont elles ont besoin pour refinancer les crédits
qu’elles consentent. Les conséquences qu’en
tirent les analystes est qu’il faut aux dites captives
se dissocier des groupes de construction pour proposer des prises
de participation majoritaires à des banques, seules susceptibles
de permette à leurs dettes d’améliorer leur
notation.
Si, comme cela semble être le cas pour GM au moins, un
tel évènement devait advenir, on assisterait à
un changement majeur dans l’industrie automobile. Autant
qu’une source de profits, ces filiales financières
sont depuis les années 20 un élément clef
du pouvoir de marché des constructeurs.3
En y renonçant, GM se prive en effet non seulement du
soutien qu’une captive apporte aux ventes des véhicules
mais aussi des moyens de contrôle sur les dealers que
la loi américaine ne donne pas et que le fait d’être
aussi leur banquier garantit. Préférant S&P
à Chandler, Wagoner oublie ainsi Sloan qui avait d’emblée
saisi combien importait ce levier pour actionner la main visible.
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1 Selon le Wall Street Journal du 16/02/06,
un groupe emmené par le hedge fund Cerberus Capital Management
et une filiale de Citigroup tient la corde dans les négociations
sur l'acquisition d'une participation de contrôle dans
General Motors Acceptance Corp (GMAC) pour un montant de 10
à 15 milliards de dollars.
2 Concernant GMAC voir le Financial Times
du 24/10/05. Pour Ford, voir La Tribune du 24/01/06.
3 Voir sur ce sujet l’excellent
travail de S. Clarke “Closing the deal: GM’s marketing
dilemma and its franchised dealers, 1921-1941”, Business
History, special issue The emergence of modern marketing, volume
45, I, January 2003, pages 60-79