LA LETTRE DU GERPISA
Numéro 178 (Septembre-Octobre 2004)

Editorial
Yannick Lung

 

La remise en cause des compromis sur la réduction du temps de travail


Dans certains pays, notamment ceux que l’approche en terme de systèmes sociaux d’innovation et de production qualifierait de modèles socio-économiques d’intégration européenne, les années quatre-vingt dix ont été marquées par l’exploration d’un nouveau compromis social largement fondé sur la réduction du temps de travail. L’Allemagne a été initialement en pointe dans cette direction, sous l’influence des organisations syndicales de salariés. L’accord conclu à Volkswagen pour gérer le sur-effectif par un partage du travail, plutôt que par la réduction d’emplois, était emblématique de cette recherche. En France, la loi sur les 35 heures instituait ce compromis en explicitant que la réduction du temps de travail serait négociée en contrepartie de la flexibilisation du travail et de la recherche de gains de productivité. De fortes concessions ont souvent été obtenues au point que de nombreux salariés ont vécu la mise en place des 35 heures comme une dégradation de leur situation (sur ce thème, voir l’ouvrage coordonné par Patrick Fridenson avec Bénédicte Reynaud La France et le temps de travail (1814-2004), publié chez Odile Jacob, Paris en janvier 2004).

L’industrie automobile a été en pointe dans ce mouvement, que l’on songe au rôle pilote de Volkswagen en Allemagne ou aux accords conclu par les constructeurs français PSA et Renault avec les organisations syndicales. En pleine application de la loi des 35 heures, Toyota décidait de s’implanter dans le nord de la France révélant que cette loi n’était pas, en elle-même, un obstacle majeur à la localisation.

Pourtant ce compromis est aujourd’hui remis en cause, notamment par les constructeurs et équipementiers allemands, à commencer par DaimlerChrysler et Volkswagen. La difficulté de ces firmes proches du modèle sloanien, comme d’ailleurs des filiales européennes des américains Ford et GM (Opel), suggère de s’interroger sur les difficultés que rencontre ce modèle productif sloanien dans l’environnement institutionnel du modèle socioéconomique dit d’intégration européenne qui semble l’avoir porté pendant une longue période.

A travers cette seule question, on mesure l’enjeu des thèmes abordés par le nouveau programme de recherche international du GERPISA Variété du capitalisme et diversité des modèles productifs lancé depuis juin dernier en s’adossant sur le projet européen ESEMK. Au-delà des membres de ce consortium, nous voulons y associer l’ensemble des membres du réseau pour les mobiliser sur un questionnement scientifique et social majeur.

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La Lettre du GERPISA n°178

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