Dans certains pays, notamment ceux que l’approche
en terme de systèmes sociaux d’innovation et de production
qualifierait de modèles socio-économiques d’intégration
européenne, les années quatre-vingt dix ont été
marquées par l’exploration d’un nouveau compromis
social largement fondé sur la réduction du temps de travail.
L’Allemagne a été initialement en pointe dans cette
direction, sous l’influence des organisations syndicales de salariés.
L’accord conclu à Volkswagen pour gérer le sur-effectif
par un partage du travail, plutôt que par la réduction
d’emplois, était emblématique de cette recherche.
En France, la loi sur les 35 heures instituait ce compromis en explicitant
que la réduction du temps de travail serait négociée
en contrepartie de la flexibilisation du travail et de la recherche
de gains de productivité. De fortes concessions ont souvent été
obtenues au point que de nombreux salariés ont vécu la
mise en place des 35 heures comme une dégradation de leur situation
(sur ce thème, voir l’ouvrage coordonné par Patrick
Fridenson avec Bénédicte Reynaud La France et le temps
de travail (1814-2004), publié chez Odile Jacob, Paris en janvier
2004).
L’industrie automobile a été en
pointe dans ce mouvement, que l’on songe au rôle pilote
de Volkswagen en Allemagne ou aux accords conclu par les constructeurs
français PSA et Renault avec les organisations syndicales. En
pleine application de la loi des 35 heures, Toyota décidait de
s’implanter dans le nord de la France révélant que
cette loi n’était pas, en elle-même, un obstacle
majeur à la localisation.
Pourtant ce compromis est aujourd’hui remis en
cause, notamment par les constructeurs et équipementiers allemands,
à commencer par DaimlerChrysler et Volkswagen. La difficulté
de ces firmes proches du modèle sloanien, comme d’ailleurs
des filiales européennes des américains Ford et GM (Opel),
suggère de s’interroger sur les difficultés que
rencontre ce modèle productif sloanien dans l’environnement
institutionnel du modèle socioéconomique dit d’intégration
européenne qui semble l’avoir porté pendant une
longue période.
A travers cette seule question, on mesure l’enjeu
des thèmes abordés par le nouveau programme de recherche
international du GERPISA Variété du capitalisme et diversité
des modèles productifs lancé depuis juin dernier en s’adossant
sur le projet européen ESEMK. Au-delà des membres de ce
consortium, nous voulons y associer l’ensemble des membres du
réseau pour les mobiliser sur un questionnement scientifique
et social majeur.