La Lettre du GERPISA no 118 (décembre 1997)

Nouvelles du Programme - Yannick Lung

Réunion des coordinateurs du groupe “Pays émergents”.

Paris, 14 et 15 novembre 1997

Jorge Carrillo, Elsie Charron, John Humphey, Yveline Lecler, Yannick Lung et Mario Salerno se sont réunis à Paris les 14 et 15 novembre 1997 pour coordonner la recherche des membres du réseau sur les pays émergents. La discussion a permis d'approfondir les débats engagés à la suite de la cinquième rencontre internationale (voir les contributions à la Lettre du GERPISA, n°115) et de préparer les prochaines échéances.

Un premier ensemble d'interrogations est relatif à la questions générale : les pays émergents sont ils la “terre promise” pour l'industrie automobile mondiale ? L'actualité récente (crises financières du Sud Est Asiatique) rappelle que de fortes incertitudes subsistent quant aux perspectives de croissance de ces marchés. Il importe de préciser les conditions générales des anticipations en matière de croissance de la demande, aussi bien au niveau de chacun des pays (effets de la croissance et de la répartition des revenus, existence / absence d'infrastructures) qu'au niveau mondial en prenant en compte les effets contradictoires de la globalisation sur ces marchés (accentuation des risques systémiques associés à la globalisation financière).

Dans ce contexte, on peut aussi s'interroger sur la soutenabilité des politiques sectorielles menées en faveur de l'automobile, notamment en matière de politique commerciale ou de contrôle des investissements étrangers dans les pays en développement. L'évolution de ces politiques doit tenir compte des tendances à la libéralisation du commerce mondial sous l'égide de l'O.M.C., mais aussi des modalités d'insertion internationale des pays émergents dans l'industrie automobile mondiale.

Compte tenu de leur marché potentiel (Chine, Inde, Russie) ou de leur ambition (Indonésie), certains pays sont engagés dans le développement une industrie automobile nationale. Comment évoluent ces politiques et sont elles durables ? Déboucheront-elles sur l'apparition de nouveaux concurrents au niveau international, comme ce fut le cas avec la Corée du Sud, venant rivaliser avec le Japon, les États-Unis ou l'Europe ?

Dans d'autres cas de figure, c'est une trajectoire d'intégration régionale qui se dessine en Asie du Sud Est (ASEAN) et en Amérique du Sud (MERCOSUR). Les intégrations régionales en marge des pôles dominants de la Triade pourront-elles se maintenir malgré les contradictions internes d'intérêts et de stratégies entre les pays membres (Argentine vs Brésil, poids des politiques nationales comme en Indonésie) et malgré les pressions externes des pays industrialisés (Etats-Unis et Japon) ?

Quant aux intégrations régionales dominées par les pôles de la Triade (ALENA, Union Européenne), il faut s'interroger sur les conditions de l'insertion des pays émergents et sur la crédibilité des perspectives de délocalisation, en différenciant selon les pays et selon les activités.

En se plaçant du point de vue des pays du Sud, le questionnement miroir au précédent peut être reformulé de la façon suivante : la globalisation n'est elle pas une menace pour les pays émergents ? En effet, parmi l'ensemble des pays dits émergents, plusieurs d'entre eux disposent d'une industrie automobile ancienne qui se trouve profondément bouleversée par l'ouverture des frontières et son insertion dans le contexte international. Compte tenu des coûts supportés, on peut parfois s'interroger sur l'intérêt que de certains pays du Sud à promouvoir le développement d'une industrie automobile sur leur territoire, question rarement posée quand on voit la précipitation avec laquelle ces pays tentent d'attirer les firmes automobiles.

Un des domaines les plus concernés tient aux relations d'approvisionnement qui sont remodelés sous l'effet des stratégies d'approvisionnement à l'échelle globale. Comment l'internationalisation croissante des équipementiers nord-américains, européens ou japonais affecte-t-elle l'industrie équipementière locale dans les pays émergents ? Les modes de relation constructeurs - fournisseurs ne sont ils pas appeler à se transformer sous l'effet de la mondialisation ? C'est probablement sur ce plan que les pays industrialisés peuvent apprendre des pays émergents. Cet apprentissage peut être le résultat d'une recherche de solutions à des problèmes spécifiques rencontrés localement, solutions qui peuvent amener à modifier les pratiques dans les espaces centraux (exemple des modifications des relations constructeurs-fournisseurs au Japon, compte tenu des expériences dans les pays du Sud Est asiatique). Il peut être aussi le résultat de stratégies volontaires d'expérimentations de nouvelles organisations productives dans des régions plus enclines à accepter des modifications profondes, notamment en matière de relations salariales (“consortium modulaire” et autres expérimentations au Brésil ou “production fractale” à Bratislava, VW-Skoda).

L'internationalisation de l'industrie automobile se traduit en effet par une forte pression à la reconfiguration des relations salariales, notamment en mettant l'accent sur les différents aspects de la flexibilité du travail. Des informations partielles existent sur ces questions, mais une analyse plus systématique des évolutions en cours s'impose pour évaluer leur impact réel dans les pays émergents.

L'ensemble de ces transformations convergent vers une redistribution géographique des activités. Il importe de préciser la nouvelle division spatiale des activités qui s'opère à l'échelle mondiale, comme au sein de chaque région voire de chaque pays, en étudiant les spécialisations et les complémentarités en matière de localisation des activités de conception, d'assemblage, de production des composants, de localisation de la sous-traitance de second rang, etc. Une question majeure a trait aux modalités de gestion de la contradiction entre la centralisation des moyens (économies d'échelle) et la décentralisation vers les marchés pour spécifier les produits. Si l'on prend l'exemple des activités de conception, quel sera la place des pays émergents : les compétences existantes vont-elle disparaître (par exemple au Brésil) ou être reconverties vers la seule fonction d'adaptation des produits conditions locales ? De nouvelles compétences peuvent elles apparaître dans le cadre d'une spécialisation internationale (voir l'implantation d'un centre de R&D de Delphi à Ciudad Juarez, Mexique) ? Le même type de questions se retrouve dans la localisation et la gestion, à l'échelle mondiale ou régionale, des usines d'assemblage ou des usines de composants.

Ces questions apparaissent dans l'appel à communications pour la prochaine rencontre internationale du GERPISA (Paris, 4-6 juin 1997) où elles ont été généralisées pour recouvrir l'ensemble des “nouveaux espaces” (pays émergents et intégrations régionales des pays industrialisés). En outre, il a été convenu de préparer la publication d'un ouvrage sur les pays émergents, rendant compte des premiers résultats du programme dès le début 1999, et d'envisager d'autres modalités de diffusion des résultats de la recherche (publication dans les Actes du GERPISA, préparation d'un ouvrage plus exhaustif à la fin du programme).

Les membres du réseau qui veulent s'impliquer plus directement dans les travaux concernant les pays émergents sont invités à répondre à l'appel à communication pour la prochaine rencontre. Elles peuvent prendre contact avec l'un ou l'autre des responsables :


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