La Lettre du GERPISA no 118 (décembre 1997)

Éditorial - Michel Freyssenet

Comment en finir avec un mode de pensée qui coûte cher ?

Qu'est ce qu'il y a de commun entre les malheurs de Mercedes, les difficultés résultant de la crise financière dans les pays émergents et les réductions massives d'effectif annoncées par General Motors ? Rien, si ce n'est que dans les trois cas nombre d'acteurs, d'observateurs et de chercheurs ont affirmé, il y a peu, que Mercedes ne pouvait que réussir dans sa stratégie d'extension de gamme, que les pays émergents s'ouvrant au grand vent de la libéralisation des échanges ne pouvaient que connaître un développement continu de leur marché intérieur, et qu'enfin le redressement financier de GM ces dernières années était la marque d'une transformation en profondeur. Les extrapolations à partir de tendances récentes ont la vie dure, alors que toute l'histoire de l'industrie automobile, y compris durant les “trente glorieuses” que certains pays ont connues, invite à une analyse constante des changements des conditions externes et internes qui font les performances et les contre-performances des firmes.

Il a suffi d'un banal test de tenue de route d'un nouveau modèle par des journalistes spécialisés pour révéler l'ampleur des dysfonctionnements qui ont entouré sa conception et des tensions internes nées des nouvelles orientations prises. Comme nous l'avons dit à la suite de notre premier programme international de recherche, il est difficile d'être à la fois Einstein et Carl Lewis. Cela requiert des compétences, des dispositions et des moyens souvent contradictoires. Il est probablement très difficile pour une firme de poursuivre deux stratégies de profit différentes : en l'occurrence dans le cas de Mercedes une stratégie de “spécialisation et de qualité” et une stratégie d' “innovation et de flexibilité”. Il a suffi d'une crise de confiance de quelques investisseurs et de prêteurs internationaux dans la capacité de certains pays émergents d'honorer leurs dettes pour qu'apparaissent mieux les ressorts et donc les fragilités des différents modes de croissance de ces pays. Or l'histoire nous enseigne que le développement des marchés automobiles d'équipement n'a pu se faire à ce jour que par une redistribution modérément hiérarchisée d'un revenu national en croissance relativement continue et régulière. Nombre de “pays émergents” ne sont manifestement pas dans ce cas, et les constructeurs devraient en tirer les conséquences. Enfin, il a suffi d'un nouveau changement de parité entre le dollar et le yen pour contraindre GM à une nouvelle réduction massive de ses effectifs. Toutefois cet événement monétaire n'a fait que précipiter une décision inscrite dans la stratégie mondiale adoptée par GM il y a quelques années. La commonalisation mondiale des plates-formes de ses modèles ne peut que diminuer drastiquement la diversité de sa production et donc le volume de ses effectifs, en l'absence d'un compétitivité que GM n'a pas encore retrouvée. Cette commonalisation reste largement à faire. Les tensions qu'elle a provoqué chez Opel, la filiale allemande de GM, montrent qu'elle n'est pas qu'un banal moyen de faire des économies d'échelle, mais qu'elle est un pari sur la recomposition de l'espace économique et politique mondial et sur l'évolution de la diversité des attentes des automobilistes qui l'accompagnera.

La sixième Rencontre Internationale du GERPISA s'attachera, comme les précédentes, à éviter une pensée en termes de tendances universalisantes. Elle cherchera à identifier les conditions de possibilité et de viabilité des nouveaux espaces émergents et des différentes stratégies d'internationalisation des firmes de l'industrie automobile. Cette année la Rencontre privilégiera le thème des “Nouveaux espaces émergents”, qu'ils soient des pays ou des regroupements régionaux, en leur consacrant les séances plénières. Les autres thèmes seront abordés dans les sessions parallèles. Vous êtes invités à soumettre des projets de communications avant le 31 janvier. Vous trouverez l'appel à communication joint à cette Lettre, ainsi que l'invitation vous permettant de demander à votre institution une aide financière pour la participation à ce colloque.


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