| La lettre du GERPISA | no 103 (mai 1996) |
Nouvelles du Programme (2) - Frédérique Sachwald /P>
La mondialisation comporte deux composantes essentielles. Elle se manifeste d'une part par une évolution de la géographie économique mondiale, avec l'émergence, parfois fulgurante, de nouvelles zones de croissance en Asie et en Amérique Latine. Le phénomène est d'autant plus important que la fin de la guerre froide a augmenté le poids des facteurs proprement économiques et techniques dans l'évolution des relations économiques internationales. Cette multipolarité s'accompagne d'autre part d'un accroissement de la concurrence sur les différents marchés. Le rythme soutenu de l'innovation constitue l'un des facteurs fondamentaux de la concurrence, en réduisant les coûts de la distance, mais aussi en bouleversant régulièrement les frontières techniques entre les secteurs.
L'intensité de la concurrence, qui augmente la priorité donnée à la réactivité des entreprises, et la mobilité des facteurs de production sous-tendent le développement de réseaux internationaux de production et de recherche complexes. Ces derniers regroupent des entreprises et des institutions diverses. D'un point de vue géographique, leur intérêt est de permettre de combiner des interactions locales intenses avec des connections internationales. Les réseaux symbolisent ainsi le souci d'ubiquité des entreprises, qui constitue aussi une remise en cause du fonctionnement traditionnel des économies nationales.
Il me semble que c'est dans ce cadre général que doit s'inscrire le programme de recherche du GERPISA. L'option de la régionalisation représente une des solutions envisageables pour supporter, ou tirer parti, de la mondialisation. Evaluer sa pertinence suppose d'étudier à la fois les réseaux internationaux des entreprises et leurs relations avec les systèmes de production nationaux. Le GERPISA dispose d'atouts précieux pour se lancer dans cette tâche : les résultats du premier programme sur les systèmes de production nationaux et les trajectoires des firmes d'une part, un réseau international de chercheurs d'autre part.
Le second programme devrait permettre d'approfondir l'analyse des interactions entre les entreprises et leur environnement socio-économique. Il pourra s'appuyer sur les résultats des études des modèles industriels menées par le GERPISA et pourra aussi tirer parti d'analyses générales de l'impact de la mondialisation sur les économies nationales, qui abordent la question de la régionalisation[1]. Le programme devra par ailleurs proposer une méthode appropriée pour établir une comparaison des modalités d'internationalisation des entreprises. Il s'agira notamment de répertorier les implantations des constructeurs et leurs politiques d'approvisionnement au niveau international, puis d'établir la cohérence de ces observations avec les politiques de produit des firmes[2] (voiture mondiale, voiture asiatique...). Il serait aussi utile d'enrichir l'analyse grâce à des études de cas de réseaux de production ou de recherche. Ces recherches empiriques devraient permettre d'étudier la force du couple homogénéisation du produit/convergence des méthodes de production et d'organisation qui est censé résulter de la mondialisation. L'analyse de l'articulation des espaces de production permettra aussi d'évaluer dans quelle mesure ils sont hiérarchisés. De ce point de vue, les analyses statistiques de la division internationale du travail, telles que celles qui sont menées par la Commission européenne pour apprécier les conséquences du marché unique, pourraient permettre de comparer l'industrie automobile avec d'autres secteurs.