Social Inequalities in the Costs of Automobility in France (1980-2000)

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Type de publication:

Conference Paper

Auteurs:

Yoann Demoli

Source:

Gerpisa colloquium, Paris (2014)

Résumé:

L’ « universalisation de la révolution automobile » (Bardou et al, 1977) a entraîné un essor sans précédent de la mobilité au cours de la deuxième moitié du XXè siècle de telle sorte que certains auteurs n’hésitent pas à considérer l’automobile comme une des structures sociales les plus contraignantes du monde contemporain (Urry, 2007). Comme l’atteste l’exemple du 4x4, consommation située dans un cadran bien particulier de l’espace social, attestant d’un rapport intensif à la consommation d’espace (Demoli, 2013), l’automobile permet plus largement de penser en un même temps les principes de la stratification sociale et les usages sociaux de l’espace.
La diffusion de l’automobile auprès de 80% des ménages aujourd’hui en France fait du poste budgétaire du transport une contrainte assumée par la très grande majorité des ménages. Dépense ambivalente, le budget consacré à l’automobile permet en effet de lire les contraintes sociales et les logiques de distinction (Coulangeon et Petev, 2012) à l’œuvre dans les pratiques de mobilité des différents ménages tout au long de la période. Si la dépense automobile a d’abord été considérée comme ostentatoire (Veblen, 1979 (1899)), sa présence au sein de la majeure partie des ménages en fait aujourd’hui une dépense incontournable pour les ménages. Or, une analyse plus fine de cette dépense – différenciant coûts fixes, coûts variables et coûts marginaux – permet de proposer l’articulation de différents déterminants socio-démographiques de la dépense automobile et d’en dessiner un espace social – espace qui n’est pas seulement structuré par les déterminants spatiaux et les contraintes de déplacements. Les différenciations sociales des coûts consacrés à l’automobile amènent à penser des appropriations de l’espace bien spécifiques selon les groupes sociaux. L’exploration fine de la dépense automobile permet par ailleurs de s’interroger sur la distribution sociale des coûts de l’automobilité : les résultats de nos travaux tendent à montrer que les coûts de la mobilité sont décroissants avec le niveau de revenus. Alors que les groupes les plus favorisés bénéficient d’une mobilité ample et modique via la voiture, les groupes les plus populaires, appartenant au bas de la distribution des revenus, paient un lourd tribut à la civilisation de l’automobile, en sacrifiant une lourde contrainte budgétaire à l’équipement automobile – comme des travaux britanniques l’avaient montré, proposant à ce groupe le nom de « pauvres motorisés » (Froud, 2007). Paradoxalement, l’achat neuf permet aux ménages de bénéficier d’une mobilité moins onéreuse et trace une frontière assez nette entre les différents groupes sociaux.
A partir des données des enquêtes Budget de Famille (1984, 1989, 1995, 2001 et 2006), nous proposons une analyse des évolutions de l’effort budgétaire que les ménages français consacrent à l’automobile au cours des dernières décennies du XXè siècle. Nous essayons d’abord d’en appréhender les déterminants pour proposer ensuite, grâce à la construction d’un espace social, une typologie des différents groupes sociaux en fonction de leurs rapports à la mobilité et à ses coûts.

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