L’ACEA change de pied et de tête pour pousser l’électrification

"Angels and Demons" party in Brussels
 
C’est dans ce cadre qu’a été annoncé que l’Association des constructeurs avait cosigné avec Transport et Environnement et Eurelectric (association des industries électriques) un courrier commun appelant les autorités européennes et nationales à accélérer la mise en place de l’ensemble des dispositifs qui permettront que l’électrification massive souhaitée par le politique devienne effective . 
Sont en cause bien sûr le maintien des différentes formes d’aides à l’acquisition de véhicules électriques ou d’hybrides rechargeables ainsi que la montée en puissance des infrastructures de recharge.
 
Reprenant la fameuse thématique du "droit à la prise", T&E indique à ce sujet : 
"Qu’il s’agisse de la tarification publique urbaine ou autoroutière, tous les obstacles au déploiement des infrastructures et à la croissance de la mobilité électrique doivent être éliminés. Afin de rendre le chargement à la maison, au travail et sur les autoroutes facile et accessible pour tous les conducteurs, les décideurs devraient réformer et renforcer leurs législations clés, telles que la loi de l’Union européenne sur les carburants de substitution, qui sera bientôt révisée, et la directive européenne sur les bâtiments (EPBD). Les instruments de financement de l’Union européenne existants doivent également être mieux exploités pour accélérer le déploiement des infrastructures, et d’autres instruments financiers doivent être ciblés pour dégager de nouvelles solutions permettant d’améliorer la couverture dans tous les États membres."
 
Quant à Erik Jonnaert, secrétaire général de l’ACEA, il affirme : "L’industrie automobile de l’Union européenne veut travailler avec toutes les parties prenantes pour faire de la mobilité à zéro émission une réalité". 
Il ajoute : "Cela nécessitera un déploiement massif d’infrastructures de “facturation intelligente” stratégiquement situées dans l’ensemble de l’Union européenne. Une infrastructure intelligente permettra aux conducteurs de recharger leurs batteries sans nuire gravement aux réseaux électriques européens, ni à les surcharger. Les associations estiment que cela apporte des avantages évidents aux clients, au système électrique, à l’industrie automobile et à la société en général."
 
Comme l’ont dit eux mêmes, les représentants de l’ACEA et de T&E, cette alliance entre eux n’allait pas de soi puisque, sur cette question comme sur bien d’autres, les deux associations n’ont pas toujours été en phase et Julia Poliscanova, chargée de la question à T&E, indique d’ailleurs : "Nous ne serons pas toujours d’accord dans le futur mais il est important d’avoir aujourd’hui quelque chose à quoi nous pouvons travailler." Elle ajoute : "Il est important que nous vous aidions à vendre des voitures." 
De la part d’une écologiste dont on penserait volontiers qu’elle considère que la meilleure des voitures est celle qui n’existe pas, l’expression peut surprendre et lui sera sans doute reprochée par de plus radicaux qu’elle. Elle correspond pourtant à une attitude conséquente de la part d’une association qui a opposé constamment aux constructeurs qui prétendaient que les clients ne voulaient pas de véhicules électriques l’argument selon lequel ils n’avaient jamais vraiment essayé de leur en vendre.
Euractiv rapporte que, lors du sommet, le débat s’est d’ailleurs à nouveau concentré sur cette question.
 
Max Warburton, un spécialiste de l’automobile du cabinet Sanford C Bernstein, a souligné que la profession restait extrêmement sceptique en ces termes : "Quand je parle avec les acteurs, j’entends qu’il n’existe pas aujourd’hui d’études marketing qui permettraient d’affirmer que nous serons capables de vendre ces véhicules électriques. La seule entreprise qui est enthousiaste à ce sujet est Volkswagen qui développe une approche à la Steve Jobs qui considère que les études marketing sont sans objet dès lors que les clients ne savent pas ce qu’ils veulent avant que l’on leur ait indiqué." 
C’est exactement ce que pensent aussi les experts de T&E qui sont convaincus que, même lorsqu’ils mettaient quelques véhicules électriques à leurs catalogues, les constructeurs ne faisaient pas de réels efforts pour les vendre, trop contents qu’ils étaient de pouvoir venir revoir les politiques qui les avaient incités à le faire et leur commenter leur échec sur le mode : "je vous l’avais bien dit". 
Au contraire, pour Julia Poliscanova, "l’industrie automobile a une incroyable capacité à faire en sorte que les gens leur achètent ce qu’ils veulent leur vendre" et indique à ce sujet "je ne crois pas que chacun soit né en désirant un SUV et regardez combien il s’en vend".
 
En 2019, T&E a gagné et les victoires que le camp écologiste a obtenu depuis le scandale Volkswagen ont mis l’industrie dans une position telle qu’elle n’a plus le choix et va devoir faire pour le véhicule électrique ce qu’elle a fait pour le SUV : les rendre désirables et les parer de toutes les vertus. 
Sur ce chemin, l’angoisse de la recharge est indéniablement un écueil de même que la qualité de la production et de la distribution de l’électricité peut en être un pour le bilan écologique de l’électrification. La stratégie politique de T&E a été -implicitement au moins – de considérer que le règlement de ces deux questions très sensibles ne devait pas être un préalable à l’injonction d’électrification.
 
Ce qui s’est passé depuis la directive européenne de 2013 qui exigeait que se mettent en place des infrastructures de recharge leur donne raison : la rareté des véhicules a justifié l’immobilisme et l’on est resté enferré dans le débat de la poule et de l’œuf. Aujourd’hui, si les recharges sont demandées par les concepteurs, fabricants et vendeurs de voitures et, de plus en plus, par les consommateurs alors il deviendra électoralement important dans les collectivités de hâter le paset les modèles et équilibres économiques que personne n’a trouvé pour l’heure se dessineront enfin.
 
Même l’ACEA n’a d’autre choix que d’y croire et de tout faire pour ses adhérents pour que se multiplient les œufs en même temps que les poules. 
Plus généralement, avec ce changement de discours et d’attitude, l’ACEA rompt avec des mois voire des années de résistance pour opter pour une attitude beaucoup plus proactive : même Carlos Tavares a maintenant une gamme de véhicules électriques à vendre et, même s’il s’évertuera à ne pas trop bien réussir dans cet exercice pour ne pas obérer ses marges, il demande des bornes pour les obtenir et non pas parce qu’il sait qu’il ne les obtiendra pas et pourra ainsi montrer combien le cap pris était aberrant. 
Il n’est certainement pas anodin que, dans ce contexte, l’ACEA change de secrétaire général et se passe des services de Erik Jonnaert qui a incarné la résistance au lobby écologiste pour confier son poste à Eric-Mark Huitema qui était auparavant chez IBM "Global Smarter Transportation Leader”  c’est à dire à la tête des équipes chargées d’aider les pouvoirs publics autant que les entreprises à faire progresser les nouvelles mobilités : le changement de pied exigeait un changement de tête.

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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