Koichi Shimizu nous a quittés

Date: 
20/07/2017

Koichi Shimizu nous a quittés brutalement. Début mars, il était parmi nous à Paris. Il nous avait présenté les dernières évolutions de Toyota, lors d’une journée de travail du Gerpisa. Il avait tenu depuis quelques mois à nous informer de son cancer et du traitement qu’il suivait, sans jamais se plaindre, déprimer ou pester. La dernière fois que nous l’avons vu, il était plutôt confiant et nous avec lui, la maladie n’ayant pas altéré son énergie et sa lucidité. Il était passionné par la recherche et il regrettait souvent de ne pouvoir y consacrer plus de temps. Il n’en a pas moins assumé avec conviction sa charge académique, notamment celle de Doyen de la Faculté d’Économie de l’Université de Okayama pendant quelques années. Il comptait sur la retraite pour mener à bien l’ouvrage sur Toyota qu’il avait entrepris. La maladie ne lui en a pas laissé le temps.
 
Non seulement, nous perdons un vrai ami (qui n’a été frappé par son extrême gentillesse et disponibilité ?), mais aussi un chercheur de premier plan, que sa discrétion et sa modestie ont pu masquer aux yeux de beaucoup. Et pourtant son apport a été décisif pour la réflexion du Gerpisa et l’élaboration du schéma d’analyse des modèles productifs. C’est lui qui nous a fait découvrir et comprendre la formule salariale complexe au fondement du Système de Production de Toyota et les conditions historiques qui l’avaient rendue possible. Il dépouillait ainsi ce système du caractère quasi miraculeux et universalisable qui lui avait été donné. Il nous a offert un argument essentiel pour élaborer et soutenir la thèse de la diversité des modèles productifs. C’est lui aussi qui, le premier, a attiré notre attention sur la crise du travail que Toyota avait connue au Japon en 1990 et les modifications apportées au système pour y faire face. Son ouvrage « Le toyotisme » est une référence indispensable, malheureusement publiée uniquement en français. Ce sont les dernières transformations de Toyota que Koichi est venu nous présenter en mars, suscitant de nombreuses questions intéressées, tant des chercheurs que des professionnels présents.
 
Né en 1950, il était venu  à Paris faire une thèse en Sciences Économiques sous la direction de Marc Guillaume. Il l’a soutenue en 1989 à Paris 9 sous le titre : « Reproduction sociale du capital et informatisation de la société ». Membre du laboratoire Travail et Société de l’IRIS-Dauphine, il suivait assidûment par ailleurs le séminaire de Robert Boyer, qui lui a alors proposé de s’engager dans l’aventure du programme « Émergence de nouveaux modèles industriels » du Gerpisa. Le premier travail réalisé par Koichi dans ce cadre a été publié dans le n°8 des Actes du Gerpisa en 1993 sous la forme de deux articles : « Trajectoire de Toyota. Rapport salarial et système de production » avec la collaboration de Masami Nomura, et « Toyota en vingt thèmes » avec la collaboration des membres d’un réseau japonais qu’il avait constitué, le GEMIC. Il approfondissait son analyse dans le n°13 des Actes en 1995 avec « Kaïzen et gestion du travail chez Toyota Motor et Toyota Kiushu : un problème dans la trajectoire de Toyota ». Il a synthétisé ses enquêtes antérieures dans « Le toyotisme » en 1999, qui demeure l’ouvrage de référence. Il a co-dirigé :One Best Way ? The Trajectories and Industrial Models of World Automobile Producers (1998),  et sa version française actualisée : Quel modèle productif ? Trajectoires et modèles industriels des constructeurs automobile mondiaux (2000), ainsi que les livres jumeaux : Globalization or Regionalization of American and Asian Car industry  et Globalization or Regionalization of European Car industry (2003). Il a contribué à : The Second Automobile Revolution (2009),  par un chapitre : « The Uncertainty of Toyota as the New World Number One Carmaker ». Il a traduit en japonais à son initiative et préfacé une série de trois articles, dans The Keizai Seminar, « Le monde qui a changé la machine » de Robert Boyer et Michel Freyssenet. Membre du Comité International de Direction du Gerpisa, il a participé à la quasi totalité des colloques organisés et à plusieurs journées de travail, présentant à chaque fois ce que ses recherches pouvaient apporter aux programmes du Gerpisa en cours. Il a eu l’occasion d’expliquer ce qu’était vraiment le Système de Production de Toyota, lors d’une conférence organisée par Annie Beretti, à plus de 300 cadres dirigeants de PSA au siège, avenue de la Grande Armée, provoquant un grand étonnement, ainsi que lors de séminaires à des syndicalistes en Allemagne, Italie, Espagne. Il a co-signé deux articles dans le journal Le Monde : « Toyota abandonne-t-il le toyotisme ? » (1997), « Comment le conte de fées Toyota a volé en éclats. Compromis social et modèle productif sont à reconstruire » (2010). Il a publié 24 articles dans Okayama Economic Review, dont les deux derniers s’intitulent : « Evolution of the EU’s Regional Policy and European Regional Cooperation » (2016) et « Evolution of the Production System at FAW Car Co.: A Case of Application and Adaptation of Foreign Production Systems in China » (2015). Il a écrit un dernier ouvrage en japonais sur l’application des 35 heures en France chez PSA, Renault et Toyota, pour lequel il a reçu un prix important. La recension de toutes ses publications et interventions est encore à faire. Prochainement, on pourra trouver sur le site du GERPISA, les principaux textes de Koichi écrits en français et en anglais.
 
Nous pensons à Yayoï, son épouse, avec qui il se réjouissait d’occuper enfin ensemble leur toute nouvelle maison, après des années d’une vie écartelée entre des lieux de travail éloignés, les obligeant à ne se voir qu’en fin de semaine. Il se réjouissait aussi de pouvoir enfin écouter à loisir ses disques de jazz dont il avait constitué une collection impressionnante. L’été dernier, Koichi a fait découvrir à Yayoï le sud de la France, d’Avignon à Bordeaux en passant par Carcassonne, avant de revenir à Paris où l’on peut les voir sur la photo ci-dessous.
 
Juillet 2017
 
Robert Boyer, Michel Freyssenet, Patrick Fridenson, Bernard Jullien, Yannick Lung, Tommaso Pardi
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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