| La Lettre du GERPISA | no 99 |
Une année d'un constructeur - Kémal Bécirspahic dit Bécir
Le 18 juillet 1995, le décret autorisant la privatisation de Renault est paru au Journal Officiel. La presse nationale et étrangère s'est intéressée à l'événement depuis le mois de mai; elle a continué à suivre tout le processus de préparation, d'attente et finalement d'ajournement: le lancement d'une pétition commune par la CGT et la CFDT contre la privatisation, en réclamant l'ouverture de négociations sur les salaires et le temps de travail; la signature d'un accord, le 6 octobre, avec les syndicats, afin de préserver le statut du personnel dans le cadre de la privatisation du groupe; le souhait du président de Renault de voir la privatisation du groupe intervenir rapidement; l'intérêt des investisseurs; l'hésitation due à la morosité de la Bourse et la déclaration du ministre de l'Economie et des Finances indiquant qu'il n'est pas question de privatiser à n'importe quel prix et que la confiance en l'avenir permet d'attendre quelques mois si c'était nécessaire.
En mars 1995, au moment de la publication des résultats de la firme, la presse annonce: "Renault a plus que triplé son bénéfice en 1994". On indique également que le processus du désendettement de Renault est achevé: la permanence de résultats positifs depuis huit ans a permis au constructeur de retrouver une structure financière saine rendant possible un accroissement des investissements. Il vend au niveau mondial presque deux millions de véhicules pendant cette année 1994, et, en immatriculant 1,3 millions de véhicules en Europe (11 % du marché européen, troisième après Opel et Ford), il réalise son meilleur taux de pénétration en Europe depuis dix ans. Renault figure en tête du classement par chiffre d'affaires des 50 premières entreprises française établi par le Nouvel Economiste pour l'année 1994; dans le classement de la même revue, concernant les 200 premières entreprises françaises en fonction de leur chiffre d'affaires réalisé à l'étranger en 1994, Renault occupe la 3ème place (1ère position du secteur automobile). Et en septembre 1995, l'Expansion, dans son classement des sociétés européennes les plus innovantes, met Renault à la 2ème place au niveau national.
Bien que, d'après les prévisions, les résultats du groupe ne devraient pas être, en 1995, supérieurs à ceux de 1994, on constate une hausse de 4,5 % du chiffre d'affaires sur les neuf premiers mois de l'année. Pourtant les mouvements sociaux au premier trimestre ont coûté près de 300 millions (35.000 véhicules non produits): les syndicats de Renault réclamaient la réouverture des négociations sur les salaires et le temps de travail. Les débrayages se sont poursuivis sur plusieurs sites, et, par manque d'approvisionnement en pièces, certaines usines ont dû arrêter leur production. En avril, la presse annonce que la plupart des usines ont repris le travail, mais que la tension reste encore vive. En juillet, la direction de l'usine Renault de Douai et quatre syndicats ont signé un nouvel accord sur l'emploi; les syndicats se sont engagés à soutenir "la démarche de progrès" accompagnant le lancement de la Mégane. Un investissement de plusieurs milliards de francs a été réalisé sur ce site pour accueillir le nouveau modèle dont l'objectif de production a été fixé à 4 millions d'unités.
"Le lancement de la Mégane", - la Tribune cite, en novembre, les responsables commerciaux de Renault, - "donnera un coup de fouet aux ventes sur le marché français en fin d'année 1995 et permettra une pénétration identique à celle de l'an dernier." Et, en effet, l'Auto-Journal du 7 décembre signale que, dès le premier mois de sa commercialisation, la Renault Mégane tire son épingle du jeu et fait déjà partie des dix modèles les plus vendus en France. Cette même revue lui avait consacré un dossier en indiquant qu'elle sera déclinée en coupé (fin 1995), monospace (fin 1996) et cabriolet (printemps 1997).
Le lancement de la Mégane, la remplaçante de la Renault 19, et sa présentation au Salon de Barcelone, le 5 septembre, ont été largement suivis par la presse internationale. Le Svenska Dagbladet souligne l'importance cruciale du rôle joué par les médias lors du lancement d'un modèle, et se penche en particulier sur le cas de la Mégane, pour laquelle le constructeur a dépensé 13,8 milliards de francs, dont un milliard consacré notamment au marketing. L'Expansion analyse la stratégie mise au point par Renault avec la Mégane, en concurrence directe avec Fiat (Bravo et Brava). L'Usine Nouvelle du 7 septembre analyse simultanément le développement, étape par étape, de la Mégane et de la Peugeot 406, en indiquant que ces deux lancements montrent la similitude des approches industrielles dans l'industrie automobile, tant dans la conception que dans la production. Le Wall Street Journal note que la Mégane a pour mission de dynamiser la pénétration globale de Renault sur les marchés européens et de consolider sa position avant la levée des restrictions aux importations asiatiques en 1999.
L'évolution des autres produits de Renault est également suivie de près par la presse, spécialisée ou non: le lancement du break Laguna, la nouvelle Safrane qui sera commercialisée en 1996 avant l'arrivée de sa remplaçante (projet "X-73"), prévue pour 1999, le Spider (mars 1996), la Modus, futur utilitaire de Renault au concept innovant et inspiré de la Twingo (1997), le restylage de la Twingo, quatre nouveaux moteurs, etc.
En février, Renault présente son nouveau technocentre de Guyancourt, comparé par l'Usine Nouvelle au centre technologique de Chrysler à Auburn Hills. L'objectif de ce gigantesque ensemble est de "permettre à Renault de gagner en temps et en qualité dans la conception de ses futurs véhicules", indique le président du groupe. - Par ailleurs, Renault signe un accord sur le recyclage avec Mercedes-Benz qui est le premier accord de recherche et de développement entre deux constructeurs européens dans ce domaine. On signale que la Mégane est recyclable pour 85 %. - Dans le cadre du programme de recherche Praxitèle, Renault propose des véhicules électriques avec les batteries au cadmium/nickel, qui rejettent moins de plomb que la moyenne. Le premier Rallye de Monte-Carlo réservé aux voitures électriques a été remporté par une Renault Clio de 100 kW. - La presse évoque également les recherches de Renault en matière de bruit qui ont permis au constructeur d'être en avance de deux ans sur la réglementation européenne antibruit.
En Espagne, Fasa-Renault enregistre des résultats en forte progression pour 1994, mais sur les neuf premiers mois de l'année 1995 la presse signale un recul des bénéfices, en raison de la guerre commerciale sur le marché intérieur liée à la chute des ventes. Fasa-Renault a proposé aux syndicats un programme de flexibilité de la journée de travail pour ajuster la production aux ventes et éviter ainsi l'application massive de mesures de chômage technique prévues au cours du second semestre. En décembre, l'Expansion cite les responsables: "La Mégane sera l'atout de Fasa-Renault en 1996".
Après avoir enregistré les résultats négatifs de Renault Portuguesa en 1994, la presse a suivi l'affaire concernant la fermeture de l'usine Renault de Setubal. En septembre, le Parlement européen demande des mesures contre Renault, et en octobre, le gouvernement portugais dépose une plainte devant le Tribunal international de commerce de Genève contre Renault pour non respect du contrat signé en 1980 concernant l'usine de Setubal.