La lettre du GERPISA no 98 (décembre 1995)

Note d'ouvrage - Nicolas Hatzfeld


Les nouvelles théories de la croissance

Dominique Guellec et Pierre Ralle,
Paris, La Découverte, collection Repères, 1995, 122p.

Après un échafaudage à partir de la métaphore de Robinson, le livre s'ouvre sur deux chapitres situant les enjeux des nouvelles théories de la croissance. Le premier chapitre présente, en chiffres, l'importance et les phases historiques de la croissance, les rôles des facteurs travail et capital ainsi que celui de technologie. Le second chapitre passe en revue les principales théories traditionnelles de la croissance, puis la représentation néo-classique, à laquelle les nouvelles théories de la croissance s'opposent souvent. Viennent ensuite les deux principaux chapitres.

Les théories de la croissance endogène considèrent la croissance non comme une donnée exogène, mais comme un phénomène économique. Pour elles, le taux de rendement du capital ne décroît pas avec la croissance de la masse de ce capital. Les sources de la croissance sont diverses (le capital physique, la technologie, les individus et leurs savoirs) et interdépendantes. Les conséquences sont fortes: ainsi le rattrapage des économies développées par les pays pauvres n'est nullement acquis en croissance endogène; et l'histoire joue un rôle important par le poids des conditions initiales et des chocs sur la trajectoire d'une économie.

Le rôle moteur du progrès technique est généralement admis. Mais les théories de croissance endogène intègrent le progrès lui-même comme endogène à l'activité économique. Il transforme les autres facteurs (marchés,...) et dynamise le capital humain (savoirs). C'est sa nature de bien partiellement public qui fait du savoir un moteur de croissance. Le progrès technique suit une dynamique complexe, dont Schumpeter avait engagé l'analyse; celle-ci est prolongée par les notions de potentiel d'amélioration, de complémentarité des technologies en systèmes, d'apprentissage par la pratique. Ces théories sont partiellement confirmées par les historiens et les statisticiens.

Les théories revalorisent le rôle économique de l'Etat: la politique économique influence le taux de croissance, et pas seulement le niveau de production. L'Etat a un rôle à jouer dans le financement ou la protection de la recherche, dans l'éducation. Certaines recherches, qui montrent l'inégalité comme nuisible à la croissance, justifient l'éducation comme intervention de réduction préalable des inégalités. D'autres font le lien entre productivité privée et capital public. Pour certains, l'Etat doit coordonner les agents privés.

Une série d'encadrés thématiques complète l'exposé des auteurs, soit en présentant certains modèles plus précisément, soit en développant certaines problématiques (productivité globale, croissance endogène et capital humain, équilibres multiples, questions du développement, croissance et institutions financières, croissance et inégalités).

Par rapport aux débats sur la croissance, les réponses des nouvelles théories de la croissance, plus mitigées que celles du passé, pourraient se regrouper ainsi "la croissance est durable, sans doute, stable, en partie; spontanément optimale, non". Leur démarche reconnaît les limites d'une approche strictement économique de la croissance, et appelle la prise en compte de facteurs institutionnels, comme les théories de la régulation ou des conventions. De plus, elle fait largement appel aux apports de l'histoire. En cela, elle recoupe des démarches de notre programme de recherche.


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