| La lettre du GERPISA | no 98 (décembre 1995) |
Une année d'un constructeur - Kémal Bécirspahic dit Bécir
"Chrysler a connu une année 1994 exceptionnelle à tous points de vue", déclare à la presse M. Eaton, président, en janvier 1995. En effet, le numéro trois américain affiche, avec un résultat net de 3,7 milliards de dollars, les meilleures performances de son histoire: le bénéfice, le chiffre d'affaires et les ventes ont atteint des niveaux record. La firme a utilisé au mieux ses capacités, réduit les rabais, accru ses marges, financé en totalité son fonds de retraite et atteint avec deux années d'avance son objectif de créer une réserve de 7,5 milliards de dollars en prévision de la prochaine récession. Et, en dépit des informations fournies par certains analystes et industriels, mettant en garde contre un ralentissement du marché automobile américain cette année (en raison, notamment, de la hausse des taux d'intérêts et du prix des voitures), Chrysler maintient son optimisme pour 1995.
Mais déjà en mars 1995, Wall Street Journal signale que les Trois grands révisent leurs prévisions de production, et en avril il constate que les ventes n'ont pas atteint les niveaux escomptés au premier trimestre. On constate également la révision à la baisse des prévisions de production au 2ème trimestre, et en juillet, la presse parle de la forte baisse du bénéfice de Chrysler. Et finalement, en octobre 1995, on annonce la chute de 46 % du bénéfice de Chrysler au 3ème trimestre.
Cependant le développement du produit se poursuit d'une façon dynamique. Chrysler et sa nouvelle génération de monospaces constitue un pôle d'attraction au salon de Detroit; on annonce le restylage (1995) et remplacement (1997) de la Chrysler Vision, un nouveau tout terrain Dodge d'ici la fin de la décennie, un nouveau moteur V6, une variante coupé de la Neon... Le constructeur investit un milliard de dollars dans le développement et la fabrication de nouvelles transmissions automatiques, qui équiperont ses Jeep et véhicules Dodge à partir de 1999. Par ailleurs, Chrysler - le constructeur américain qui a le moins développé ses activités de production à l'étranger jusqu'ici - étudie la possibilité de produire une petite voiture peu onéreuse spécifiquement destinée aux marchés asiatiques.
La presse a suivi les discussions budgétaires concernant le projet commun de voiture propre des Trois grands (Clean Car), et finalement, la réduction sensible du budget américain pour 1996 compromet sérieusement ce projet.
Mais l'affaire que la presse - mondiale - a fidèlement suivie pratiquement toute l'année, c'est l'OPA de Kirk Kerkorian sur Chrysler. M. Kerkorian, principal actionnaire de la firme, signale en décembre 1994 son intention d'accroître sa participation dans Chrysler. Ensuite, en avril 1995, il lance son OPA (M. Iacocca, ancien président de Chrysler, lui est associé dans cette tentative), mais n'ayant pu réunir le financement nécessaire, il la retire. Un mois après l'abandon de ce projet, les journaux titrent: "Nouvelle offensive de M. Kerkorian sur Chrysler" (une offre d'achat des actions pour accroître sa participation). Et l'affaire n'est pas finie...