La lettre du GERPISA no 97 (novembre 1995)

Note d'ouvrage - Nicolas Hatzfeld


Les territoires de l'automobile

Gabriel Dupuy, Anthropos, Paris, 1995, 216 p.

Ce livre aborde la question automobile à partir d'un point de vue peu fréquent pour notre réseau, celui de son rapport aux territoires.

Dans l'ensemble, l'automobile a débuté dans les villes. Mais très vite, elle a débordé le cadre urbain. Elle a contribué à la déconcentration des villes (résidences, puis activités industrielles et tertiaires), à la dissolution de leurs limites (péri-urbanisation), à leur décentralisation: elle a transformé l'identité urbaine. Très tôt s'est manifesté une opposition à la voiture, appuyée sur: la perte de temps malgré la vitesse apparente ; la consommation d'espace et la pollution; la destruction d'espaces de proximité, qui isole des groupes de la société ( parmi les personnes âgées, femmes, jeunes...); les accidents. Cette opposition se réfère à une conception ancienne et partielle de la ville; celle-ci a en fait accompagné le développement de l'automobile, qui a entraîné, outre les mutations structurelles citées plus haut, des transformations du paysage (éclairages, signalisation routière, parkings, garages, stationnement, en France les centres commerciaux et les carrefours giratoires).

La voiture sert d'entrée dans le système automobile et ses territoires; ce système suppose production et consommation de masse, standardisation. Il est symbole de puissance, de maîtrise de l'espace et du temps, de libération. Les territoires de l'automobile sont multiples: d'abord le véhicule lui-même; puis le réseau, territoire itinérant; enfin les espaces pratiqué. Parmi ces espaces, trois types majoritaires se dégagent: le territoire suburbain, dans lequel la voiture joue un rôle essentiel, comme moyen direct de transport ou pour rabattre vers les transports collectifs; le territoire rurbain, marqué par une forte mobilité dans les relations, une extension territoriale, et l'importance de la voiture de type européen; le territoire touristique, à trajets de grande ampleur de la ville vers la campagne ou l'étranger, lié aux grosses limousines ou au caravaning. Ces types d'espace évoluent et se superposent. Ainsi la multi-motorisation, soit le passage de la voiture familiale à la voiture individuelle, entraîne la combinaison des différents territoires pour une même personne. Partout, le trafic et les distances parcourues augmentent: la principale limite réside dans le "budget temps" des gens.

Mais le développement du système automobile comporte aussi l'emprisonnement dans un espace de moins en moins distinctif, et de plus en plus contraignant parce que sur-occupé. La diversification des territoires à l'intérieur de ce système constitue le grand défi de la fin du siècle. Elle s'exprime déjà dans les modèles, logements, parkings, privilèges. D'autres solutions peuvent être des voitures spécifiquement citadines (voiture électrique), la reconquête piétonnière de quartiers urbains (en fait limitée et difficile), la spécialisation de territoires entre lesquels la voiture fait lien. Péages et information constituent une autre voie pour une diversification des territoires. Les péages de stationnement et autoroutiers se sont en partie imposés. L'information va de la simple régulation informative au développement des technologies combinant informatique et télécommunication.


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