La lettre du GERPISA no 94 (juin 1995)

Éditorial - Michel Freyssenet


Modèles industriels anciens et nouveaux

La troisième Rencontre Internationale du GERPISA devrait nous permettre de donner une réponse plus précise à la question des nouveaux modèles industriels, à l'origine du programme. Pour préparer ce débat, on peut ici énoncer quelques lignes directrices.

Un modèle industriel, avons-nous écrit, est un processus de mise en cohérence interne et en pertinence externe des changements opérés dans la vie de l'entreprise. Cela signifie qu'à aucun moment nous ne pouvons observer un modèle parfaitement pur, comme il est possible et nécessaire de le construire théoriquement. Ce qui importe c'est la dynamique à l'oeuvre.

Un modèle ne peut se réduire à quelques principes, car de proche en proche, tous les cas étudiés, ou presque, se retrouveraient classés, à quelques détails près, dans un seul et même modèle. Il en est ainsi lorsque l'on ne retient que les trois principes industriels d'interchangeabilité, d'additivité et de linéarité, et le caractère diversifié ou non de la production de masse .

En revanche, un premier classement apparaît possible et utile à partir de deux critères qui se révèlent de plus en plus discriminants: le lien entre efficience productive et formes de rétribution, le lien entre conception-fabrication du produit et évolution-constitution du marché, c'est-à-dire les modes de gestion des deux incertitudes du travail et du marché, consubstantielles à notre système économique.

Un modèle industriel comprend des composantes sans lesquelles il ne tient pas et ne dure pas: notamment un rapport salarial adéquat, une structure du capital et un type de direction adapté, une vision du marché pertinente et une gamme correspondante, des liens avec les fournisseurs et les distributeurs viables, etc..

La caractérisation d'un modèle implique donc de donner un contenu propre à chacun de ses items. Ses composantes sont liées entre elles, chacune assurant la viabilité de l'autre. Ce qui veut dire probablement qu'une composante au contenu différent enclenche une dynamique qui fait évoluer le contenu des autres, même si celles-ci restent formellement identiques pendant une période plus ou moins longue. Ainsi de l'organisation en ligne mobile, ou du "juste-à-temps" qui peut être vidé de son contenu socio-productif ou prendre un autre sens si le rapport salarial qui lui correspond n'a pu être mis en place.


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