La lettre du GERPISA no 93 (avril 1995)

Note d'ouvrage - Nicolas Hatzfeld


Coordination économique et apprentissage des firmes

ouvrage coordonné par

Nathalie LAZARIC et Jean-Marie MONNIER

Paris, éditions Economica, 1995, 254 p.

Ce livre est issu d'un colloque "Technologie, Apprentissage, Espace et Temps" organisé en 1994 et auquel participait également Yannick Lung, sur la notion d'apprentissage et son rôle dans la mutation des coordinations économiques au sein des entreprises, entre les firmes ou à l'échelle des territoires. Après une étude de cette notion, il comprend deux grandes parties: les propriétés et pourtours de l'apprentissage au sein d'une organisation; puis les aspects interactifs et territoriaux de la coordination inter-firmes.

A l'intérieur des firmes, l'exploitation d'un domaine d'apprentissage tend à écarter d'éventuelles opportunités, à bloquer le renouvellement des connaissances. Cette continuité est néanmoins nécessaire à la firme qui ne peut trop se consacrer à des expérimentations qu'elle n'exploiterait pas. D'autre part, l'inertie préserve des incertitudes parfois trop fortes de l'environnement. D'où le dilemme entre l'exploitation des connaissances existantes et l'exploration de nouvelles voies.

L'apprentissage organisationnel constitue non pas une somme de savoirs, mais le fruit de leur interaction: la qualité des coordinations détermine la cohérence au sein de la firme, tout en réduisant la variété de l'ensemble des savoirs individuels. Il implique les dynamiques collectives et les règles en oeuvre dans une firme. Lorsque l'on évalue l'impact d'une nouvelle technologie, on doit donc réinterpréter les outils d'analyse et les règles sous-jacentes, en raison de leur caractère passé. De plus, les règles sont souvent prises dans un jeu relationnel: changer certaines règles, c'est aussi remettre en cause les bases de la coordination entre acteurs et les équilibres de pouvoir.

Dans les relations entre les firmes, l'apprentissage met en jeu les interactions et les conditions de leur efficacité, comme l'instauration d'une confiance ou de conventions pour maîtriser le problème de la communication et du partage des savoirs. Ces interactions sont essentielles pour renouveler les compétences de la firme. Le thème de l'apprentissage contribue à renouveler le débat sur la coordination inter-firmes, à condition que l'on prenne en compte les différents types de proximité. On se réfère souvent aux proximités technologiques et organisationnelles. Mais le concept de proximité, qui permet de valoriser une communauté ou une complémentarité entre firmes, peut être étendu à d'autre types d'interaction, notamment géographiques, institutionnelles, ou culturelles.

On retrouve à ce niveau le dilemme évoqué ci-dessus: d'un coté, des contraintes d'efficacité statiques et des dispositifs qui entraînent les firmes à poursuivre leurs apprentissages passés, mais hypothèquent le renouvellement des savoirs; de l'autre, la dynamique de création qui exige de savoir s'écarter de la trajectoire initiale. Autant à l'intérieur de la firme que dans les relations d'apprentissage inter-firmes, il semble nécessaire de trouver un équilibre entre ces deux termes


Sommaire du numéro 93 ;
Les notes d'ouvrage de La Lettre ;
Liste des numéros disponibles ;
Informations sur ce serveur.