| La lettre du GERPISA | no 93 (avril 1995) |
Le fait du mois - Jean-Jacques Chanaron
Certes, c'est bien Nissan et non pas Toyota ou Honda qui est le premier à souffrir de la concurrence et à démontrer ainsi au monde entier que sa capacité de production est excédentaire et que certaines de ses installations productives sont peu, voire non rentables. Il s'agit pourtant de l'usine de Zama, près de Tokyo, longtemps considérée comme l'un des fleurons du groupe japonais. Elle a produit plus de 11 millions de véhicules en 30 ans. 2 500 emplois ont été supprimés mais, suivant en cela la tradition de gestion des ressources humaines de Nissan, personne n'a été licencié. La majorité des salariés de Zama ont retrouvé un emploi, soit dans d'autres usines d'assemblage de Nissan (Sud de l'île de Kyushu ou près du Mont Fuji), soit chez des équipementiers de la région de Tokyo.
Tout le monde sait que Nissan a toujours été - et reste encore aujourd'hui - beaucoup moins efficace que certains de ses concurrents, notamment Toyota. Il souffre non seulement des facteurs d'affaiblissement qui affecte l'ensemble de l'industrie automobile japonaise, plus particulièrement la hausse du yen vis-à-vis du dollar et les importations de véhicules de pays à coûts inférieurs, mais aussi, et peut-être surtout, de handicaps qui sont propres à sa stratégie : une gamme de modèles moins attrayante pour le marché intérieur, un moindre effort sur la qualité totale et la réduction des coûts, une plus grande internationalisation.
Mais les malheurs de Nissan nous ramènent à la lancinante question de la compétitivité globale comparée des unités d'assemblage des constructeurs et donc de leur niveau réel de productivité. Zama était, il y peu encore, une des unités de Nissan avec une productivité directe du travail très supérieure, en apparence, à celle de nombreuses usines américaines et européennes. Et aujourd'hui, cette usine est en train de fermer alors même que Volvo envisage de ré-ouvrir Uddevalla ! Et les usines, pourtant anciennes, des constructeurs allemands continuent à bien se porter alors même que les niveaux de salaires y sont élevés et la durée légale du travail en passe d'être ramenée à 35 heures !
Il y a là une fois de plus la preuve d'une surestimation patente de la compétitivité fondée sur une approche superficielle de la notion de productivité. L'économie industrielle, la micro-économie et les sciences de gestion sont encore sur la sellette pour produire des indicateurs plus pertinents