La lettre du GERPISA no 92 (mars 1995)

Note d'ouvrage - Nicolas Hatzfeld


Partenariat industriel : la référence japonaise

par Yveline Lecler

éditions l'Interdisciplinaire, Limonest, 1993, 256 p.

Le livre confronte les relations réelles de partenariat au Japon à la situation française. Puis il étudie dans les deux pays les limites de cette forme de relation donneur d'ordre/fournisseur et ses perspectives d'évolution.

Le partenariat d'entreprises est défini par une relation durable, négociée, impliquant coopération, confiance et avantages réciproques entre donneur d'ordre et fournisseur. Il s'inscrit souvent dans un réseau hiérarchisé sous la domination d'une firme-pivot. L'auteur présente ensuite les raisons du développement de cette formule: concurrence aiguisée, recherche de compétitivité par la qualité, recentrage des entreprises sur leur métier, production organisée en juste-à-temps. Cependant, alors qu'en France, les relations s'en tiennent en général aux produits et services, la conception japonaise beaucoup plus globale comprend aussi les salariés, les compétences, la formation, bref les flux sociaux.

La globalité des relations de partenariat, essentielle dans l'efficacité japonaise, ne se réduit pas à des traits culturels, mais s'ancre dans l'histoire du développement de l'économie du pays: répartition des rôles entre entreprises, structuration dualiste de celles-ci, de la production et du marché du travail liée à la rapidité de l'industrialisation. Ce dualisme, qui permet de peser sur les prix, est une raison majeure du système partenarial japonais. Dans celui-ci, la dépendance du fournisseur est très forte. Mais elle est compensée par une grande solidarité: les prix lui garantissent une marge incompressible; les risques sont partagés par le client, qui joue partiellement le rôle d'assureur; les salariés circulent entre partenaires, ainsi que les informations et les compétences, transférées sous de multiples formes du donneur d'ordre au fournisseur.

Face à ce système qualifié de relationnel, Yveline Lecler oppose le modèle transactionnel occidental: contrats délimités, souci d'indépendance de part et d'autre, compétences fonctionnant comme enjeu de pouvoir. Le partenariat qui se développe en France voit son contenu limité par ces caractéristiques. Sa logique est une logique de rupture entre entreprises opposée à la logique de continuité qui prévaut au Japon. Le recours à l'Etat, la structuration fonctionnelle classique des entreprises (fonction achats par exemple, affectée par le partenariat) renforcent ces limites. Pour continuer à progresser, le partenariat doit s'inscrire dans la durée, s'accompagner d'investissements relationnels entre partenaires, prendre le risque de la coopération.

De son côté, le système japonais est remis en cause, sous l'effet de la délocalisation qui l'affecte (vers les grands marchés ou vers des pays à bas coûts de production), d'une tendance à l'autonomisation des fournisseurs, d'une restructuration des réseaux hiérarchiques, de la recomposition du marché du travail ou de la production en juste-à-temps...D'où l'éventualité d'un apprentissage mutuel, d'une hybridation réciproque entre Japon et Occident.


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