| La lettre du GERPISA | no 84 |
Éditorial
Le taylorisme qualifiant et la production réflexive
(Séance du 1 avril 1994)
La dernière journée de travail du GERPISA a accueilli les protagonistes du débat ouvert dans les colonnes de la Sloan Management Review [1] sur la supériorité du modèle Toyotien. On ne reprendra pas les termes de ce débat auquel Michel Freyssenet a également contribué à la demande des animateurs de la revue américaine. Les documents préparatoires fixaient parfaitement les positions des trois intervenants. Positions qu'ils ont d'ailleurs eu l'occasion d'argumenter lors de la séance avec la force de la conviction profonde
On insistera davantage ici sur ce qui pourrait rapprocher ces points de vue différents et parfois contradictoires. L'accord pourrait se faire sur la suite à donner au débat fixant mieux le jeu de la confrontation, fixant une méthode susceptible de produire des résultats définitifs sur tel ou tel point de la comparaison entre "modèle toyotien" et "modèle uddevalien".
Oeuvrant en ce sens, Michel Freyssenet propose de s'intéresser aux écarts traditionnellement constatés sur les lignes de montage entre temps standard d'un côté et temps réellement réalisé de l'autre. Paul Adler convient des réserves de productivité contenues dans cet écart et un de ses arguments en faveur du modèle toyotien repose justement sur sa capacité à le réduire. Si cette réduction est incontestable, Michel freyssenet suggère cependant qu'elle est peut être moins importante que ne le pose Paul Adler. Il y a, argumente-t-il, quelque chose d'incompréssible dans cet écart qui vient de la structure même de la ligne de montage.
La question qui se pose est donc de savoir s'il existait pas d'autres sources d'écart. L'organisation d'Udevalla supprimait les causes structurelles en n'adoptant pas le système de la chaîne de montage. Mais, peut-être introduisait-elle d'autres causes ? Par exemple, chaque nouveau modèle, chaque nouvelle variante supposait un temps de négociation avec le personnel. Car le développement de la performance reposait sur un compromis social, soit un système de relations de travail radicalement différent de celui de Nummi. Sur ce point, le chronométrage minutieux des temps de montage de l'usine d'Uddevalla, réalisé par Kajsa Ellegard avant que l'usine ne ferme, fournira un matériau essentiel pour traiter la question posée. Kajsa Ellegard aura l'occasion de présenter les résultats de ces calculs lors de la Deuxième Rencontre Internationale du GERPISA RI en juin.
L'examen précis des écarts entre temps réel et temps standard étant éclairé, le débat n'en sera pas pour autant terminé. Reste en effet, l'un des principaux arguments avancés par Christian Berggren sous forme d'une question : peut-on apprécier la performance d'un modèle à l'aune des seuls ratio économiques sans risquer de compromettre la performance de l'entreprise ? Il prenait l'exemple les relations que l'usine d'Uddevalla entretenaient avec ses clients, suceptibles selon lui, de construire des réserves de productivité. Se posera en fait, et se pose déjà, la question de l'appréciation de la performance globale d'une entreprise.
(1) Sloan Management Review/spring 1993 and winter 1993
Prochaine séance
Dans la prochaine séance, Jean-Louis Loubet présentera un exemple de sortie de crise : la société Citroën dans les années 1935-1938.