La lettre du GERPISA no 79 (novembre 1993)

Éditorial 


Discussion du programme à moyen terme

La discussion du programme à moyen terme s'est déroulée en deux temps. Le premier, en séance plénière, s'est basé sur un bilan provisoire de la réalisation du programme. Le second temps s'est déroulé pendant la réunion du comité international.

Les participants à la séance plénière ont émis un certain nombre de réserves quant à la définition provisoire du modèle industriel proposée. La notion de cohérence, notamment, semble devoir être précisée davantage quant au point de vue adopté et la période de référence.

La démarche générale a, elle, suscité deux grandes questions : le programme du GERPISA n'est-il pas excessivement centré sur les temps de fabrication au détriment d'autres activités, comme les stratégies de produit ou l'innovation, aujourd'hui déterminantes dans la compétition entre firme ? Comment faire un partage rigoureux entre des expériences menées chez certains constructeurs et l'identification d'un modèle industriel ? Cette dernière question sous-tendait le débat sur la place attribuée à l'usine Volvo d'Uddevalla. Débat qui a occupé une grande part de la séance.

On s'est enfin demandé si les différentes firmes automobile ne tendaient pas à mettre en oeuvre un modèle unique, déclinant ses quatre ou cinq principes de base en différentes particularités nationales. Sur ce point, Dan Raff, rappelant ses travaux sur les faillites des entreprises automobile pendant la grande crise, a souligné les coûts d'un changement de stratégie. Coûts dont le montant explique l'inertie des modèles d'organisation et donc les difficultés des entreprises à changer de stratégie.

Le deuxième temps de discussion du programme qui a eu lieu au cours de la réunion du comité international a dégagé trois points d'accord entre les participants : 1) il n'y a pas de déterminisme du modèle pour une période donnée; 2) l'hybridation doit être abordée comme un processus d'innovation; 3) la détermination du modèle d'appartenance d'une firme doit se faire par l'analyse de son histoire et non par la présence ou absence de certains traits à un moment donné.

Deux pistes de recherche ont été dégagées. Il serait d'une part très utile sur quelques cas d'analyser comment s'impose un discours managerial (pression extérieure d'organismes publics, nécessité d'avoir un discours cohérent, nécessité de se rallier à ce qui marche sur le moment, etc...) et de le comparer aux stratégies et pratiques réelles. D'autre part, on retrouve dans de nombreux cas de filiales et transplants un schéma classique: transfert du dispositif technico-organisationnel de la société-mère, et autonomie de la direction locale pour choisir une politique du personnel adaptée aux conditions locales. Il conviendrait donc d'étudier comment le rapport salarial local affecte, voire transforme, le dispositif transplanté. A moins de considérer, selon une vision également classique, le social comme secondaire, il devrait en bonne logique avoir cette capacité de transformation.

Par ailleurs, les travaux de Dan Raff ont attiré l'attention sur la nécessité d'une analyse plus rigoureuse des conditions qui font prévaloir un modèle sur un autre. Il a montré que les entreprises qui produisaient des voitures sur un mode manufacturier n'ont pas disparu ou ne sont pas ralliées à la production fordienne parce qu'elles n'étaient plus compétitives, mais parce que la composition de leur capital ne leur a pas permis de résister à la Grande Dépression. De la même façon, on pourrait se demander quelles sont les raisons exactes qui ont mis en difficultés certains constructeurs ces 20 dernières années: est-ce vraiment leur modèle productif, ou bien des problèmes liés à la structure financière, l'échec de certains modèles. Enfin, il serait urgent d'intégrer, dans nos analyses de formation de nouveaux modèles, les demandes syndicales.


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