| La Lettre du GERPISA | no 130 (mars 1999) |
Éditorial - Michel Freyssenet
Cette série a débuté avec la Quatrième Rencontre, en 1996, au cours de laquelle nous avons considéré, après débat, que líenjeu majeur de líindustrie automobile en cette fin de siècle était effectivement celui de sa mondialisation ou de sa régionalisation. Le début des années quatre vingt-dix a vu síamorcer en effet une recomposition des rapports internationaux, modifiant complètement les conditions de la concurrence: libéralisation financière, implosion des régimes communistes, changement des modes de croissance et de redistribution du revenu national de nombreux pays, réduction des écarts de compétitivité entre les firmes, émergence de nouvelles zones de croissance économique, etc. Nombre de firmes ont vu alors dans une plus grande internationalisation de leurs activités une condition essentielle à leur compétitivité. Mais elles ont dû faire des choix, sans savoir comment le Monde allait en définitive se recomposer. Allait-il évoluer dans le sens díun mondialisation généralisée des échanges et des activités avec ou sans régulation politique, ou bien vers la constitution díensembles régionaux permettant aux pays qui les composent de síaccorder plus facilement sur des règles et des modes de croissance communs ou complémentaires, voire vers le renouvellement des raisons díêtre des nations.
Plutôt que de raisonner en terme de tendances qui síimposeraient à tous ou de préférences en fonction des objectifs à privilégier, nous avons considéré, suivant en cela les enseignements que nous avons tirés du premier programme, quíil níy avait vraisemblablement pas en matière díinternationalisation de ìone best wayî, pas plus quíil níy en a en matière de modèle industriel. Au fil du développement du programme, une double hypothèse à tester a pris corps: différenciation (et non convergence, comme beaucoup le pense encore) des stratégies et des trajectoires díinternationalisation des firmes, en fonction de leurs stratégies de produit ou de profit et de leurs anticipations de la recomposition du Monde; ré-hétérogénéisation du Monde (et non homogénéisation comme líaffirmaient beaucoup díobservateurs et de chercheurs il y a peu), au moins dans les dix-quinze ans à venir, sous la forme díun mixte entre libéralisation mondiale dans des domaines limitées, formation de quelques ensembles régionaux aux modes de croissance et de redistribution du revenu différents, et ré-affirmation de nouveaux Etats-nations.
Deux axes de recherche se sont logiquement dégagés. La Cinquième Rencontre, en 1997, a privilégié le premier axe: Stratégies et trajectoires díinternationalisation des firmes de líindustrie automobile. Nous avons montré leur diversité sous les apparences, et nous avons commencé à en expliciter les raisons. La Sixième Rencontre, en 1998, a porté essentiellement sur le second axe: Trajectoires des nouveaux espaces automobiles. Nous avons particulièrement vu líhétérogénéité des modes de croissance des pays émergents et les incertitudes qui pèsent sur eux et quíils portent également en eux.
Nous avons à analyser cette année, au cours de la
Septième
Rencontre, líadéquation entre trajectoires des firmes et trajectoires
des espaces, dont dépend la réussite des unes et des autres,
et les processus díadaptation, voire díhybridation, qui commenceraient
à síopérer entre firmes et espaces. Nous pourrons ainsi esquisser
une prospective de líindustrie automobile. Depuis un an, líactualité
nous a rappelé que líinternationalisation passe, non seulement par
líimplantation directe, mais aussi par les fusions ou alliances entre firmes
originaires de pôles automobiles différents. Aussi une table-ronde
sera consacrée, au cours de la première journée du
colloque, au mouvement actuel de concentration, que líon observe pas seulement
dans líautomobile. Durant la deuxième journée, nous travaillerons
en sessions parallèles: trajectoires des firmes, trajectoires des
espaces. Ce sera líoccasion de finaliser dans le premier cas le livre
prévu
sur ce thème, et dans le deuxième cas díengager la
rédaction
du livre également prévu. Une troisième session
parallèle
est envisagée sur les formes díorganisation du travail et les relations
professionnelles nouvelles au sein des firmes internationalisées,
selon leurs trajectoires et leurs choix díinternationalisation. La
troisième
journée sera dédiée au débat sur
líadéquation
des trajectoires des firmes et des espaces et aux perspectives qui peuvent
être tracées. Lundi 21 juin, nous visiterons le ìTechnocentreî
de Renault, qui est à líheure actuelle, avec celui de Chrysler la
plus importante concentration díingénieurs et de techniciens de
conception des véhicules et des process pour les fabriquer, en un
même site pensé et organisé selon les principes de
líingénieurie simultanée. Vous trouverez, joint à
cette Lettre (dont beaucoup díentre vous la reçoivent pour la
première
fois exclusivement sous forme de courrier électronique), le programme
provisoire de la Septième Rencontre, ainsi que les bulletins
díinscription.