La Lettre du GERPISA no 126 (décembre 1998)

Note d'ouvrage - Nicolas Hatzfeld

Transforming the Latin American Automobile Industry. Unions, Workers and the Politics of Restructuring.

Tuman John P. and Morris John T. (eds.), Armonk (N. Y.), M.E. Shape, 1998, 226 p.

 

Ce livre consiste en une comparaison internationale des transformations intervenues dans l'industrie automobile de l'Amérique Latine depuis le mouvement de libéralisation des années 1980, selon deux axes. D'abord, l'évolution des politiques publiques et les nouveaux modes d'organisation de la production dans le cadre de la libération du marché et de l'intégration régionale. Ensuite, l'introduction de la production flexible dans l'organisation du travail et des relations professionnelles, les nouvelles pratiques de mobilisation de la main d'œuvre, les attitudes syndicales et les formes de compromis salarial établies entre syndicats, entreprises et état. Après une introduction générale, des chapitres spécifiques examinent les cas de l'Argentine (Ana Maria Catalano et Marta S. Novick), du Brésil (Glauco Arbix et Iram Jácome Rodrigues), du Venezuela à partir du cas Renault (Mauricio Cárdenas P.), du Mexique (John T. Morris) et en particulier ses usines anciennes (John P. Tuman) et enfin du Venezuela (Héctor Lucena). Sur ces deux axes, John Morris et John Tuman tirent quelques considérations générales
Couverture de 
  l'ouvrage Les accords régionaux ont stimulé les échanges à l'intérieur de chaque zone, Nafta, Mercosur, Groupe Andin. Ces regroupements commerciaux montrent l'impact de ces accords de libre échange et incitent les multinationales à y adapter leurs systèmes de production et de distribution régionale, au moins comme préalables à une franche internationalisation. Les investissements étrangers se sont concentrés vers le Mexique et le Brésil et dans une moindre mesure vers l'Argentine. Ces pays ont connu une très forte croissance de leurs capacités de production et constituent les pôles d'une structure régionale de la production et de la distribution.
Les nouvelles implantations au Mexique et au Brésil ont évité les régions industrielles centrales et ont souvent construit des green plants, entourés d'équipementiers, souvent étrangers, vers lesquels sont transférées beaucoup d'activités, afin de réduire les salaires. Cela donne naissance à de nombreux complexes automobiles entièrement nouveaux. Face aux changements dans l'organisation du travail, les syndicats ont été moins enthousiastes que les managers et les politiques. Selon les cas, ils ont contrecarré ou médiatisé la diffusion des méthodes dites "japonaises". Au Mexique, en Argentine et au Brésil, l'accord des salariés pour les nouvelles formes d'organisation du travail a souvent été lié à des garanties sur le niveau d'emploi ou sur l'avenir des rémunérations, et surtout à l'implication de l'État qui cautionnait les accords passés avec les entreprises. Quand les responsables de l'état et les employeurs n'ont pas voulu apporter ces garanties, ou ont failli dans l'application des accords, les travailleurs se sont tournés vers des revendications immédiates. En fin de compte, les liens corporatistes entre syndicats et état continuent de jouer un rôle important dans le contexte latino-américain.


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