La Lettre du GERPISAno 126 (novembre 1998)

Note d'ouvrage - Nicolas Hatzfeld

Mirafiori 1936-1962

Olmo Carlo (a cura di)
Torino, Umberto Allemandi, 1997, 401 p.

L'usine Mirafiori de Turin est au centre du livre dirigé par Carlo Olmo. Ce choix semble évident, tant il est clair que ce site, un des plus importants de l'Europe d'après-guerre, a porté l'essentiel de la croissance industrielle de Fiat et a pesé sur l'histoire économique et sociale de l'Italie. Or le livre évite précisément de diluer son objet dans des thèmes plus vastes et garde de bout en bout l'histoire de l'usine comme objet des études qu'il rassemble. Il fait ainsi apparaître la spécificité du temps de l'usine qui, depuis les premiers projets, prend un quart de siècle pour arriver à pleine maturité. Si cette période est celle de la maîtrise de la production de masse par la Fiat, le livre montre que cet apprentissage industriel n'est nullement linéaire, et fait apparaître les discontinuités de la transformation incessante de l'usine. Il retrace la vitalité des technologies de production, qui faisait dire qu'il y avait deux Mirafiori : celle du jour, qui produit, et celle de nuit qui se transforme.

Les premiers chapitres, de Carlo Olmo, Sergio Pace et Daniela Ferrero, analysent l'architecture de l'usine, et montrent notamment comment elle a été pensée pour être à la fois adaptable et évolutive dans cet espace urbain rassemblé par acquisitions successives. Giuseppe Berta montre comment l'entreprise a, après la guerre, cherché à réduire l'intensité de l'opposition direction - syndicats en favorisant la mise en place de réseaux intermédiaires aux fonctions techniques et hiérarchiques. L'école Fiat a contribué à la mise en place de cette hiérarchie. Giuseppe Volpato se charge de montrer le rôle de l'usine Mirafiori dans la seconde époque fordiste de Fiat et le passage à l'automobilisme de masse, en articulant les ébauches des années 1930 et la concrétisation de l'après-guerre. Dans un long chapitre finement documenté, Duccio Bigazzi analyse l'évolution des méthodes industrielles, faisant la part de l'inspiration américaine et des évolutions incrémentales.

Si l'usine est selon Carlo Olmo une oeuvre collective et anonyme, Luisa Passerini et Marcella Filippa montrent, à partir de centaines d'entretiens, la richesse de la mémoire qui l'habite et la diversité des identités qui s'y sont construites. De son côté, Stefano Musso effectue une analyse quantitative du personnel : mobilité, composition, catégories professionnelles et rapports à l'entreprise. Enfin, au centre du livre se trouve un chapitre de photographies, associées à une réflexion de Cristiano Buffa. Il me donne l'occasion de souligner la richesse documentaire et iconographique de l'ensemble.


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