| La lettre du GERPISA | no 114 (juin 1997) |
Note d'Ouvrage - Nicolas Hatzfeld
L'introduction de Paul Stewart présente la démarche du livre : sortir des limites imposées par les tenants du management japonais, qui, en s'appuyant sur la globalisation, affirment la supériorité de leur modèle et la tranférabilité des techniques de la lean production. D'où le projet d'aller voir derrière le modèle managérial, coercitif ou consensuel : réutiliser l'aspect contradictoire de la notion d'hégémonie, réintégrer le conflit dans l'analyse, examiner dans différents pays des formes d'organisation qui dépassent le paradigme "japoniste".
Au Japon même, le développement industriel a beaucoup reposé sur l'environnement national favorable en termes de marché et de climat social ; la dégradation de ces atouts a contribué aux difficultés récentes des producteurs japonais (C. Haslam et K.Williams, avec S. Johal et J. Williams. Les agencements organisationnels ne sont d'ailleurs pas identiques entre les trois principales entreprises japonaises et avec leurs syndicats, et même entre usines d'une même firme. Les démarches d'humanisation du travail ont eu des résultats mitigés (K. Ogasawara et H. Ueda).
Vues par les travailleurs eux-mêmes dans 16 firmes du Canada, les conditions de travail ne se sont pas améliorées avec la lean production. Les charges de travail sont plus importantes, les rigidités plus fortes que dans les usines fordistes classiques (W. Lewchuck et D. Robertson). Une autre étude compare trois usines Ford, dérivées de la même conception du "team concept" Mazda-Ford. Leur organisation sociale diffère cependant beaucoup, en fonction de l'attitude et de la force des syndicats (S. Babson). Les méthodes japonaises ont connu une forte diffusion en Amérique Latine, et s'accompagnent d'une tendance à stabiliser la main d'oeuvre par un changement des relations sociales qui mise sur l'individualisation plutôt que sur les relations avec les syndicats (J. Humphrey).
L'innovation alternative de Kalmar et Uddevalla, qui avait rencontré des résistances à son déploiement dans Volvo même, se diffuse sous d'autres formes, et la réouverture d'Uddevalla relance la question (K. Ellegård). En France, les pratiques des directions et les relations salariales ont contenu la diffusion des méthodes japonaises, confirmant la force des configurations nationales (J.-P. Durand). Quant à l'Allemagne, les faiblesses de son modèle productif ont incité les directions à utiliser les références de la lean production pour réduire les coûts, notamment par la délocalisation ou par une flexibisation négociée (U. Bochum et C. Dörrenbächer). Enfin, pour suivre les changements dans l'organisation du travail et les qualifications, la ligne de montage est peut-être moins significative que des secteurs plus complexes comme les presses (M. Rawlinson et P. Wells).
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