| La Lettre du GERPISA | no 112 (avril 1997) |
Nouvelles des firmes - Frédéric Decoster
En Europe, qu'en est-il des sites à fort temps d'ouverture (c'est-à-dire au-delà de deux équipes sur cinq jours par semaine) ? Il n'y a pas de cas actuellement chez Renault, PSA et les transplants japonais, et une dizaine de sites chez Fiat, Ford, GM et VAG, dont deux n'ouvrant pas la nuit mais le samedi matin : trois groupes d'opérateur s y travaillent quatre jours par semaine pour se partager les onze équipes de matin et d'après-midi.
Cette situation est évolutive : l'étude menée en 1991 par Steffen Lehndorff (Institut Arbeit und Technik) sur le sujet dressait une liste de sites concernés qui n'est plus d'actualité ; et, pour ce qui est de l'avenir ; la pression pour adopter un système à fort temps d'ouverture est importante :
Il existe pourtant plusieurs limites face une telle solution. L'étude déjà citée en avait dressé une liste :
Insistons à titre d'exemple sur ce dernier point : on sait que l'industrie automobile doit pouvoir absorber à moindre coût les aléas du marché comme les mouvements saisonniers de la demande ; pour cela, il existe des solutions "classiques" coûteuses et peu appréciées industriellement et socialement : changement de cadence, jours non travaillés, ; face à cela, il est intéressant d'envisager des solutions fondées sur une variabilité du temps d'ouverture. Or une augmentation de ce temps d'ouverture se traduit ipso facto par une diminution de la marge de manoeuvre temporelle ; cette augmentation n'est donc envisageable en première analyse que si la demande de flexibilité au volume est faible pour le produit considéré, ou si d'autres sites peuvent absorber les fluctuations.
Inversement, augmenter le temps d'ouverture des sites de production au delà du "2 équipes" classique est une solution satisfaisante d'un point de vue strictement économique : moindre investissement capacitaire, retour sur investissement plus court, etc
Par ailleurs, le mouvement de diminution du temps de travail s'avère être un phénomène facilitateur : la recherche d'un temps d'utilisation des équipements élevé aboutit presqu'immanquablement à des organisations où le temps de travail hebdomadaire moyen des opérateurs est inférieur à 39 ou même 36 heures, qu'il s'agisse d'un résultat "arithmétique" ou d'une compensation offerte à des horaires atypiques et/ou des rotations complexes. On peut citer à cet égard Fiat-Melfi où, pour obtenir à moindre coût une ouverture quotidienne de 21h45 sur 6 jours, les opérateurs subissent une rotation de 42 semaines, pour un temps de travail hebdomadaire moyen de 36h15.
La mise en place d'une organisation à temps d'ouverture élevé en Europe apparaît comme le résultat d'un compromis complexe entre niveau d'investissement, degré de flexibilité au volume, coût de production et acceptabilité sociale, ceci dans un environnement globalement surcapacitaire. L'avenir montrera les formes que prennent ces compromis dans chacune des firmes européennes.