La lettre du GERPISA no 110 (févier 1997)

Note d'ouvrage - Nicolas Hatzfeld (1)


La coopération inter-firmes: approches théoriques et applications au cas du co-développement dans l'industrie automobile

Lydie Laigle, thèse d'économie, Université Paris XIII, 1996.

Lydie Laigle analyse à partir du cas de Renault un aspect de la transformation des relations de sous-traitance, qui s'est développée depuis la fin des années 1980 chez la plupart des constructeurs automobiles européens. Ceux-ci ont transféré une partie de leurs activités d'études à certains équipementiers, afin de partager une partie des risques, des temps et des coûts d'études, et pour se consacrer davantage à l'élaboration des cahiers des charges et à la recherche avancée. Ils doivent alors gérer des processus-production d'étude associant un grand nombre d'entreprise qui doivent adapter leurs actions entre elles ainsi qu'à la demande des clients, et qui cherchent à défendre leur intérêt économique.

Les formes de coopération en émergence se caractérisent par: 1) une temporalité qui s'allonge, et englobe le développement d'un produit; 2) une incertitude sur le résultat de la coopération, qui s'étend aux résultats techniques et économiques du produit nouveau, et à son issue commerciale finale; 3) une dynamique particulière entre partenaires: les conditions futures de l'échange sont anticipées et contractualisées avant même que ne débute l'étude du produit. Dans ce cas, ce sont la crédibilité des engagements initiaux et des dispositifs de concertation, la qualité des compromis trouvés entre partenaires au cours du développement qui déterminent la qualité de la coopération finale.

De l'évolution actuelle, plusieurs points se dégagent:

- le co-développement doit tenir compte des incertitudes du marché, qui risquent de déstabiliser les compromis initiaux entre partenaires: les modifications en cours de développement impliquent des modes de management comprenant les objectifs de coûts, l'évaluation des risques, des procédures de recherche des compromis et de développement des nouveaux produits;
- la stratégie des fournisseurs dépend de leur degré d'implication. Les fournisseurs de second rang cherchent à préserver leurs marges: c'est un développement parallèle. Les fournisseurs de premier rang disposent d'une envergure supérieure pour réutiliser les résultats du développement. Ils sont plus disposés à un développement interactif, lequel demande des investissement d'organisation et de transaction qui peuvent s'avérer rentables pour tous les partenaires; il conduit le constructeur à déplacer sur des terrains plus en amont la mise en concurrence des fournisseurs;
- le co-développement bouscule les représentations classiques des relations inter-entreprises. Leur capacité à coopérer dépend de leur aptitude à réaliser en leur propre sein et entre elles des processus d'apprentissage à la fois technique et relationnel, c'est-à-dire d'aspects qualitatifs qui sont à la base de réduction collective des coûts, et des modalités de répartition des gains. La coopération tend à rapprocher les modèles d'organisation, les processus d'étude et de décision, à dépasser les frontières de la firme: l'organisation diffuse dans le réseau d'entreprises, et le marché remonte jusqu'aux phases d'innovation.

La constitution de tels réseaux de firmes peut être porteuse d'une efficience économique. Mais elle soulève de nouvelles questions sur l'évolution des rapports entre constructeurs, équipementiers et sous-traitants...


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