| La lettre du GERPISA | no 110 (févier 1997) |
Une année d'un constructeur - Kémal Bécirspahic dit Bécir
"L'usine Opel d'Eisenach fait école", écrivent Die Welt et Frankfurter Allgemeine en octobre 1996, lors de la sortie de la 500.000ème Opel Corsa de l'usine pilote. Les journaux indique que cette usine ("dont le fonctionnement est basé sur le principe de la production au plus juste, emprunté aux Japonais") est devenue la fierté du groupe General Motors et de sa filiale Opel: 33 unités produites par heure (contre 30 prévues au départ) soit 700 voitures par jour, le taux d'absentéisme le plus faible, la première place dans le groupe en terme de qualité. Les journaux citent l'institut économique britannique EIU qui place l'usine Opel d'Eisenach au premier rang européen devant les usines Fiat de Melfi (Italie) et Nissan de Sunderland (Royaume-Uni). Quatre nouvelles usines GM vont être construites sur ce principe, en Pologne, en Chine, en Thaïlande et en Argentine. En mars 1996, Handelsblatt écrit que Opel exige de ses équipementiers de suivre le programme de qualité QS 9000, élaboré par GM, Ford et Chrysler, et dont l'objectif est la qualité totale ("Total Quality Management"). GM a d'ailleurs confié au centre de développement Opel de Rüsselsheim en Allemagne la responsabilité du développement de voitures pour tous les marchés hors Amérique du Nord.
"Opel se distingue par la qualité des suggestions du personnel", écrit Frankfurter Allgemeine en mai 1996. Pour la septième année consécutive, Opel a occupé en 1995 le premier rang des entreprises de plus de 20.000 salariés pour l'intérêt des suggestions du personnel. Grâce aux améliorations ainsi apportées aux processus de production, la firme a économisé 118 millions de DM en 1995 et elle a reversé aux salariés inventifs 17,4 millions de DM de primes. Le nombre de suggestions a progressé de 57% grâce aux perfectionnements apportés au système: un interlocuteur du personnel a remplacé la boîte à suggestions, et l'installation d'ateliers près des lignes de production permet aux employés de tester la validité de leurs propositions.
Cependant Handelsblatt écrit en décembre 1996, en annonçant la fabrication probable de la remplaçante de l'Opel Astra à Eisenach, que la productivité de cette usine-pilote ne saurait croître indéfiniment; elle doit son niveau remarquable (71,9 voitures par homme et par an) à la qualité de sa main-d'oeuvre et non à de nouveaux investissements. Par ailleurs, malgré des salaires inférieurs de 20% à celui des usines européennes de Opel, les coûts salariaux excèdent de 10% ceux de l'usine de Saragosse, par exemple. C'est ainsi que Manager Magazin de janvier 1996 constate, en parlant de la mondialisation de Opel, que si la fiscalité et la réglementation sociale restent aussi dissuasives en Allemagne, Opel ne bénéficiera qu'à moyen terme de l'expansion mondiale du groupe, bien que les nouvelles responsabilités de Opel au sein de GM lui donnent pour mission de conquérir les marchés en expansion d'Europe centrale, d'Asie et d'Amérique latine avec des modèles Opel adaptés aux conditions locales. Le groupe veut en effet produire 500.000 voitures supplémentaires d'ici 2000 dans de nouvelles usines (Argentine, Chine, Pologne, Tatarstan, Thaïlande etc.) et réaliser 40% de son chiffre d'affaires hors des Etats-Unis. En outre, les divisions Saturn, Geo et Pontiac produiront des modèles dérivés de modèles Opel: Cadillac distribuera l'Omega sous l'appellation Catera, Pontiac produira le monospace Opel Sintra pour le marché européen, Saturn commercialisera des voitures dérivées des Astra et Vectra...
En 1996 Opel a affiché un record d'immatriculations en Europe: 1,54 million d'unités, soit une part de marché de 12%. En Allemagne, le constructeur a affiché ses meilleurs résultats depuis 1992, avec 568.000 voitures vendues (dont 158.000 Corsa); en France, les ventes ont progressé de 19% à 154.700 unités: c'est le meilleurs résultat de l'importateur.
Quant à la presse, allemande et autre, elle n'a pas cessé, tout au long de l'année passée, d'écrire sur le bras-de-fer entre Volkswagen et GM/Opel, concernant l'affaire "López", affaire d'espionnage industriel qui dure depuis 1993 et dont les procédures sont engagées aux Etats-Unis et en Allemagne. D'après l'estimation du parquet de Darmstadt, M. López et ses collaborateurs "se sont procurés des documents issus des divisions recherches, planification, production et achats de GM et sa filiale Opel, des documents que les intéressés ont conservés en quittant leur emploi pour les exploiter dans leur travail chez Volkswagen". Et Motor 16 d'annoncer le 27 janvier 1997 que M. López devient chargé de cours à l'Institut andorran de gestion où il enseignera la technique connue sous le nom de KVP (une sorte de kaizen) qu'il a lui-même mise au point...