La lettre du GERPISA no 109 (janvier 1997)

Note d'ouvrage - Nicolas Hatzfeld (1)


Il caso Fiat. Una strategia di riorganizzazione e di rilancio. de Giuseppe Volpato, ISEDI, Turin, 1996, 452 p.

L'idéal-type de recherche gerpisienne existerait-il ? Impossible, bien sûr. Et pourtant...

La trajectoire de Fiat, abordée dans ce livre depuis ses débuts voici près d'un siècle, est suivie sous l'angle des stratégies suivies par la firme. Le livre se concentre pour l'essentiel sur l'après-guerre, et particulièrement sur deux périodes critiques au cours desquelles l'entreprise, sous l'effet de difficultés, met en question la stratégie suivie jusqu'alors et en définit une nouvelle, qui se traduit par une réorganisation et de nouveaux défis. Ce qui donnerait au titre une valeur quasi-identitaire pour Fiat, en même temps que cela annonce les axes de la recherche.

L'enjeu de la crise qui a suivi le premier choc pétrolier fut de raccrocher l'entreprise au marché. Cela amena Fiat à élaguer parmi ses activités, à en finir avec une structure monolithique et verticalisée pour constituer des sous-ensembles plus homogènes et recentrés sus les secteurs stratégiques. La direction a été recomposée, la production automatisée massivement et les effectifs sévèrement réduits, la gamme rénovée, la part des exportations diminuée. Ce dernier élément a représenté une faiblesse au début des années 1990, lorsque le marché italien s'est abaissé... Une concurrence accentuée, la dégradation du réseau de distribution et un retard dans la rénovation de la gamme ont convergé pour entraîner l'entreprise dans une seconde crise.

Fiat s'est alors engagée sur la voie d'une nouvelle réorganisation, et d'une seconde relance. Les composantes de cette mutation sont la production frugale, la qualité totale et la flexibilité, une nouvelle équipe dirigeante, la réévaluation des relations externes et internes à partir de la notion de client, le partenariat, le renouvellement de la gamme et la réduction des coûts. Le modèle participatif guide la redéfinition des relations de travail: organisation par process plutôt que par fonction, création d'unités technologiques élémentaires et nouvelles professionnalités. Enfin, l'idée nouvelle d'usine intégrée guide la rénovation de certains centres, et la création d'une usine nouvelle à Melfi. L'organisation du travail en chaîne reste cependant un domaine peu touché par la mutation, c'est à dire qu'elle représente, pour un observateur optimiste, un gisement de progrès encore disponible. Toutes ces transformations sont en fin de compte agencées autour de l'internationalisation qui est devenue le nouvel axe stratégique de Fiat.

A l'occasion de l'analyse de cette seconde relance de l'entreprise,Giuseppe Volpatto développe une réflexion théorique sur la question de la production frugale et de son rapport avec le fordisme, en se dégageant des références habituelles sur le sujet. S'il définit le fordisme comme un modèle rigide visant à déterminer et à contrôler, le toyotisme est pour lui une méthode de gestion de l'indéterminé, de l'imprévisible, permettant de dépasser la rigidité des processus. La "lean production" est ici une tentative d'hybridation, à travers la participation, entre une science de l'objet représentée par le taylorisme et une science du sujet. L'adoption de principes toyotistes est donc possible, mais pas le transfert de l'ensemble des règles qui concrétisent ce modèle Le succès de chaque entreprise dépend de la capacité à tracer son propre cheminement vers un nouveau type d'organisation.

1. Cette note est inspirée d'un compte-rendu d'Aldo Enrietti. Mais elle n'engage pas ce dernier, bien sûr.


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