| La lettre du GERPISA | no 109 (janvier 1997) |
Éditorial - Michel Freyssenet
La discussion sur la spécificité de chaque groupe et sur les limites de son programme a naturellement été rouverte. Plusieurs participants se sont demandés dans quel groupe ils seraient les mieux placés ou bien s'il ne conviendrait pas de fusionner tel groupe avec tel autre, ou bien encore si la définition ou la méthode de travail du groupe ne serait pas à revoir. De ces échanges, il ressort une forte complémentarité entre les groupes et la nécessité d'une coordination régulière.
Le groupe "stratégies, formes et trajectoires d'internationalisation des firmes de l'industrie automobile" vise à comprendre les choix faits depuis les années 80, en fonction des problèmes rencontrés par les firmes (constructeurs, fournisseurs, distributeurs) dans quatre domaines: le marché, le travail, le contexte historique et politique, et la stratégie de profit, en s'aidant de comparaisons avec d'autres périodes d'internationalisation.
La démarche est la même pour le groupe "les nouveaux espaces automobiles". Son but est de comprendre l'évolution de l'industrie automobile locale (filiales des grands groupes, firmes autochtones) en fonction des problèmes nés de la rencontre entre les stratégies d'internationalisation des firmes-mères et le processus de constitution économique, sociale et institutionnelle de ces nouveaux espaces (pays émergents, espaces régionaux, espace mondial). Les firmes sont en effet obligées d'anticiper sur ce que seront ces nouveaux espaces, alors que la recomposition économique et politique mondiale est loin d'être achevée et peut emprunter finalement d'autres voies que celles qu'elles avaient prévues ou souhaitées.
On le voit les deux groupes précédents sont fortement complémentaires. Le deuxième a besoin de connaître les stratégies d'internationalisation des firmes. Inversement, le premier a besoin de savoir quels sont les problèmes rencontrés par les filiales dans les nouveaux espaces pour comprendre les trajectoires d'internationalisation des firmes-mères. Les firmes, comme les espaces, seront étudiées d'abord en elles-mêmes dans leur dynamique historique propre, selon toutefois un schéma d'analyse commun pour pouvoir comparer ensuite leurs trajectoires respectives.
Pour répondre à la question centrale du programme: "Quelles sont les voies possibles d'internationalisation de l'industrie automobile?", les deux groupes précédents sont nécessaires mais ils ne sont pas suffisants, pour des raisons méthodologiques et pratiques. L'approche globale et historique qui les caractérise, si elle permet de comprendre les grands choix effectués, ne permet pas de connaître avec suffisamment de précisions les réorganisations internes et les modifications des relations salariales qu'exigent les stratégies d'internationalisation adoptées, ni les évolutions des marchés automobile et du travail résultant de la constitution des nouveaux espaces. En effet, les études détaillées et véritablement comparatives manquent souvent, et il convient donc de les faire dans la mesure de nos moyens. Autant les deux groupes précédents peuvent travailler avec la documentation disponible en la systématisant, autant les deux autres doivent lancer des études comparatives appropriées sur les point précis où la connaissance est à la fois manquante et indispensable.
Le groupe "marchés automobiles et rapports salariaux" vise à comparer les évolutions des marchés automobiles, anciens et nouveaux, sur la base de critères clairement définis et applicables, et à rechercher les déterminants de ces évolutions, notamment dans les transformations des rapports salariaux. Ce groupe a donc besoin de connaître l'histoire des espaces automobiles, notamment la constitution des nouveaux espaces et de leur industrie automobile. Inversement il fournira au groupe "nouveaux espaces automobiles" la connaissance fine et comparative des pratiques de mobilité, des arbitrages des ménages entre leurs dépenses, des revenus et de leur distribution sociale, de la demande automobile, quantitativement et qualitativement, de l'organisation du marché, des politiques transports tant sur le plan réglementaire, fiscal, infrastructurel et industriel.
Le groupe "organisation productive et relation salariale" analysera de la même façon les transformations de l'organisation productive et la relation salariale des constructeurs et des principaux fournisseurs en fonction de leur stratégie d'internationalisation. Il aura besoin donc des résultats du premier groupe. Il pourra en retour lui fournir le résultat de ses comparaisons précises sur la politique produit, l'organisation de la conception, des achats, de la production et de la distribution, les relations inter-entreprises, les relations salariales et les stratégies syndicales.
La connaissance des stratégies et des trajectoires d'internationalisation apparaît la plus urgente, car elle conditionne une partie des travaux des groupes "nouveaux espaces automobiles", et "organisation productive et relation salariale". Elle est aussi la plus rapidement mobilisable, à partir des travaux antérieurs du groupe "Trajectoires" du premier programme. C'est pourquoi, ce thème a été retenu pour la 5ème Rencontre Internationale du GERPISA. Trois séances plénières lui seront consacrés. Mais les autres thèmes seront aussi abordés, puisque les groupes de travail se réuniront en parallèle pendant une journée, comme cela a été annoncé dans la précédente Lettre. C'est pourquoi l'appel à communication que vous trouverez en supplément à la Lettre mentionne les quatre thèmes. Vous êtes invités à envoyer vos propositions (un résume de trente lignes) avant le 31 janvier au Comité International de Direction du Programme. Les chercheurs non-français recevront une invitation à la Rencontre afin qu'ils puissent faire les demandes d'aide financière nécessaire à leur institution. Cette 5ème Rencontre sera en effet à nouveau autofinancée par les participants.