La lettre du GERPISA no 108 (décembre 1996)

Le fait du mois - Jean-Jacques Chanaron


GM Canada : la fin d'une grève

Des grèves de trois semaines, ça existe encore, même en Amérique du Nord et sur des motifs et avec des résultats qui laissent songeur et qui devraient mériter l'attention des directions des groupes européens et japonais!

Le syndicat canadien des salariés de l'automobile - Canadian Auto Workers (CAW) - et General Motors viennent de signer un accord qui met fin à une grève générale de vingt jours dans les unités canadiennes du constructeur américain, plus particulièrement celle de Oshawa près de Toronto. Pour GM, c'est la grève la plus longue au Canada après celle de 97 jours en 1970. Les 26 300 adhérents du CAW ont ainsi bloqué le travail de 46 000 salariés de GM en Amérique du Nord et au Mexique, ainsi que ceux de nombreux fournisseurs et équipementiers et des transporteurs spécialisés. GM aurait ainsi perdu - provisoirement - des centaines de millions de dollars et 100 000 véhicules, en majorité des pick-up et des monospaces, c'est-à-dire les créneaux en vogue actuellement en Amérique du Nord. La perte totale pour l'économie canadienne est fixée à près de 1,5 milliard de dollars US.

Ce conflit est symptomatique des bouleversements structurels en cours chez GM et, sans doute également chez Ford et Chrysler. Les salariés ont cessé le travail pour obtenir non seulement une hausse des salaires et l'abolition du caractère obligatoire des heures supplémentaires. Mais ils souhaitaient aussi refuser des fermetures ou cessions d'unités, notamment de composants en combattant également le recours jugé inconsidéré à la sous-traitance. On peut ainsi juger de l'ampleur des questions posées et la diversité des thèmes conflictuels.

Naturellement, la direction de GM s'opposait fermement à ces revendications, jugeant que le groupe devait prendre des mesures drastiques de restructuration, devant faire face à une situation bien plus grave que ses deux principaux concurrents américains avec une surcapacité qui pourrait frôler les 2 millions d'unités en Amérique du Nord d'ici l'an 2000.

Quels ont été les résultats obtenus par les deux parties ? Le constructeur obtient l'accord du syndicat sur la cession de deux unités de composants, employant à ce jour 3 500 salariés, mais à la condition que les repreneurs garantissent leurs emplois, leurs salaires et leurs avantages sociaux pendant trois ans. Sinon, GM offrirait des conditions avantageuses de préretraite ou des postes dans d'autres usines du groupe. En échange, GM accepte de ne pas fermer ou céder d'autres unités durant la même période de trois ans. Il s'engage également à offrir un autre poste de travail à tout salarié dont le travail est sous-traité à l'extérieur.

Les salariés obtiennent gain de cause pour l'interdiction des heures supplémentaires obligatoires et une augmentation de salaire de près de 10 % sur les trois prochaines années. C'est donc une victoire syndicale sans précédent. D'autant plus que les analystes locaux saluent une grève "bien ordonnée", sans heurts avec les forces de l'ordre ni bris d'outillages et de machines, malgré une perte de revenu annuel évaluée à 6 % qui ne seront finalement "récupérés" qu'au bout de la deuxième année!

Mais GM n'a certainement pas tout perdu dans l'affaire. Certains pensent même que le constructeur sort grand gagnant de ce conflit. Il a ainsi pu économiser plusieurs centaines de millions de dollars en salaires et avantages sociaux et écouler d'importants stocks auprès des concessionnaires sans trop de difficulté. Les unités que le constructeur souhaitait céder en priorité le seront dans les temps, c'est-à-dire avant qu'elles ne deviennent chroniquement déficitaires, toutes les autres étant apparemment profitables. Et, grande avancée pour GM, les salariés ont accepté une clause autorisant les réductions d'emplois lorsqu'elles seront liées à des progrès technologiques, notamment à la diminution du temps de montage consécutive à des simplifications techniques!

Voilà donc un conflit intéressant aux conséquences à long terme imprévisibles. La grande inconnue, c'est notamment la réaction du grand syndicat frère United Auto Workers (UAW), de l'autre côté de la frontière, à Detroit!


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