La lettre du GERPISA no 107 (novembre 1996)

Note d'ouvrage - Nicolas Hatzfeld


"Le juste-à-temps"

Muriel BELLIVIER,

Paris, L'Harmattan, 1996, 294 p.

Ce livre se propose d'examiner les effets du juste-à-temps. Au-delà d'une présentation des origines du système et de sa comparaison avec le système traditionnel nommé "assurance stocks", plusieurs pistes peuvent être dessinées.

Dans l'entreprise, le juste-à-temps modifie les structures, en privilégiant les relations horizontales directes entre lieux de fabrication au détriment des relations verticales: le juste-à-temps vit avant tout dans et entre les ateliers. Il contribue à l'imbrication de phases d'activité qui étaient distinctes, la communication, la fabrication et le transport. Ce dernier change de statut, et devient en lui-même générateur de valeur. Pour Muriel Bellivier, l'essentiel pour la firme se joue même maintenant dans la circulation des marchandises plutôt que dans l'activité de fabrication et dans le rapport salarial.

La firme joue de l'ambiguité nouvelle de ses limites. Elle garde en interne l'essentiel des facteurs de rentabilité, et reporte vers les fournisseurs les contraintes, notamment celle d'assurer par leurs stocks propres leur capacité à s'adapter à ses variations de production. Elle externalise vers l'économie nationale des coûts tels que l'énergie, les accidents ou les encombrements. La cohérence de ces facteurs, l'interdépendance des agents économiques constitue selon l'auteur la force du nouveau système productif qui devient dominant.

La structure du système de transports se trouve modifiée, en fonction des particularités géographiques et historiques du territoire concerné, par la diffusion du juste-à-temps qui recourt prioritairement à certains modes de transport. En retour, la firme risque de se soumettre au système de transports, à ses contraintes propres, particulièrement nettes dans le cas du transport routier en France: la croissance du trafic et de ses aléas qui découle de la diffusion des flux tendus tend à placer les firmes dans une fragilité excessive. A travers le réseau de transport et les fournisseurs, ce sont les conditions mêmes de réalisation du juste-à-temps , la fluidité et la flexibilité, qui sont externalisées. Ce qui explique le fait que certaines firmes réintroduisent partiellement des stocks, reprennent un peu de "gras".

L'espace de la production est modifié. Cependant on n'assiste pas systématiquement en France à une reconcentration territoriale des activités, notamment celles des fournisseurs, autour des usines-coeurs. La distance pure s'efface, comme critère d'efficacité du système de production, devant le délai de réaction, la "distance temporelle" dans laquelle les réseaux d'information prennent une importance accrue.


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