La lettre du GERPISA no 107 (novembre 1996)

Une année d'un constructeur - Kémal Bécirspahic dit Bécir


Mercedes

"Mercedes ne produit que des "carrosses chics et superflus" et la Smart n'est qu'une seconde ou troisième voiture", cite Die Welt, en avril 1996, les dires de l'automobile-club allemand VCD. Mercedes a vivement contesté cette interprétation. Pourtant, M. Helmut Werner, président, interrogé par Le Figaro du 30 septembre 1996, indique: "En dépit de la diversification amorcée par l'entreprise, elle ne sera jamais un constructeur généraliste. Ce serait la fin de Mercedes. Nous ferons du haut de gamme dans tous les segments de marché. Ce n'est pas parce que nous allons sortir une petite voiture que la marque va se banaliser".

Le Manager Magazin, en février 1996, commente l'élargissement de la gamme de Mercedes avec le lancement de sept nouveautés en Europe dès cette année: les volumes de production relativement faibles de l'entreprise suffiront-ils pour mener à bien la mondialisation? L'organisation commerciale sera-t-elle capable d'assurer la percée de la Smart ou de la classe A? Le constructeur spécialiste pourra-t-il rivaliser avec les généralistes de longue date qui s'appuient sur des réseaux mondiaux de production, ont mis en place des structures de production économe et utilisent des pièces communes? En choisissant de couvrir tous les segments du marché, tout en restant un constructeur spécialiste et en se passant de l'aide d'un partenaire, Mercedes a opté pour une voie risquée. Le Business Week cite un consultant: "Pour Mercedes, il serait plus grave de ne pas changer assez que de trop changer". Certains analystes doutent que Mercedes réussisse à couvrir de nouveaux segments du marché sans nuire à son image; ils craignent que Mercedes ne vende trop peu de nouveaux modèles pour réaliser des bénéfices, mais suffisamment pour perdre des clients au bénéfice de BMW. Et Automotive News d'annoncer que Mercedes abandonne son projet de voiture de luxe destinée à concurrencer la prochaine génération des Rolls-Royce et Bentley attendue à la fin de la décennie...

Mercedes-Benz représente, pour 1995, 77% du chiffre d'affaires global et 90% du bénéfice du groupe Daimler-Benz (dont elle constitue la branche automobile, les deux autres branches étant DASA, aéronautique, et Debis, informatique; la branche électronique AEG a été absorbée par le groupe en juin 1996). Le groupe a enregistré de lourdes pertes en 1995 (5,7 milliards de DM), et pour la première fois depuis 1950, Daimler-Benz ne verse pas de dividendes à ses actionnaires. Mais pour le premier semestre 1996, le groupe annonce un bénéfice net de 782 millions de DM; le chiffre d'affaires de Mercedes-Benz a progressé de 12,5% dans le secteur des voitures et de 1,3% dans celui des véhicules utilitaires. Le Manager Magazin, en octobre 1996, commente la restructuration du groupe et la nouvelle stratégie de son président, M. Jürgen Schrempp: convaincu de l'importance d'une stratégie de mondialisation, il demande désormais à chaque filiale de lui présenter les moyens et les produits susceptibles de conquérir de nouveaux marchés, ainsi que l'intérêt financier que pourraient présenter les marchés à forte croissance d'Asie, d'Amérique Latine et d'Europe de l'Est. Der Spiegel écrit en avril 1996 que l'ambition de Mercedes est de porter à 20-25% la part de sa production hors d'Allemagne dans les dix prochaines années, au lieu de 5% actuellement. La production de la Classe A au Brésil permettra de contourner les droits d'importation prohibitifs de 70% et d'accéder au Mercosur, marché en expansion.

Der Spiegel écrit en septembre 1996 que les syndicats et les comités d'entreprises assistent, angoissés, à l'établissement des sites de production des constructeurs allemands à l'étranger, mais l'hebdomadaire cite Mercedes qui estime que la globalisation n'est pas incompatible avec le maintien de l'emploi en Allemagne - bien au contraire, seuls des groupes actifs dans le monde entier peuvent assurer la pérennité de l'emploi chez eux. Pour trois emplois créés à l'étranger, Mercedes en crée un en Allemagne (production de moteurs et de boîtes de vitesse).

Quant aux relations salariales, la presse allemande et étrangère rend régulièrement compte des événements. En mars 1996, la direction et le comité d'entreprise de l'usine Mercedes de Stuttgart-Untertürkheim (production de moteurs, boîtes de vitesses et essieux) sont parvenus à un compromis au terme duquel les 17.500 emplois du site sont garantis jusqu'au 31 décembre 2000. Les investissements annoncés pour la production de moteurs à 4 et 5 cylindres mettaient en effet 2000 emplois en péril. Les syndicats ont accepté la mise en place du travail en trois équipes et des conditions de production rendant l'usine compétitive au niveau mondial. La direction a renoncé à ce que le samedi soit considéré comme un jour de travail ordinaire. - Début octobre 1996, plus de 100.000 salariés de la métallurgie et de l'automobile se sont mis en grève pour protester contre l'amputation de 20% des indemnités de maladie: les pertes subies par Mercedes se chiffrent à 220 millions de DM...


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