| La lettre du GERPISA | no 106 (octobre 1996) |
Note d'ouvrage - Nicolas Hatzfeld
Winfried Ruigrok et Rob van Tulder,
Londres, Routledge, 1995, 344 pages.
Ce livre se propose de mettre en lumière les modèles selon lesquels de grandes firmes industrielles gèrent leur restructuration, et les types de solution produits par ces modèles. Pour cela, il relie trois débats majeurs de ces dernières années, souvent dissociés, portant sur la nature de la restructuration industrielle, la globalisation, le commerce international.
Les auteurs introduisent d'une part la notion de complexe industriel, définissant un espace de négociation composé de six acteurs: la firme coeur, ses fournisseurs, les distributeurs, les salariés, les actionnaires, les gouvernements. Plus la cohésion d'un complexe est élevée, plus il est capable d'influencer les institutions et règles de négociation du système industriel, qui représente le niveau macroéconomique. Ils développent d'autre part la notion de concept de contrôle, qui désigne la perspective stratégique selon laquelle une firme coeur tente de constituer son complexe industriel. Sa portée n'est pas limitée à la base nationale d'une firme; elle guide aussi les stratégies internationales de la firme et ses choix en matière de commerce international. Cinq concepts de contrôle sont identifiés: spécialisation flexible, démocratie industrielle, macro-fordisme, micro-fordisme et toyotisme.
Les auteurs montrent ensuite, à partir de l'étude d'une centaine des plus grandes firmes mondiales, comment la globalisation est davantage une affirmation stratégique qu'une réalité pour les firmes, et que les stratégies d'internationalisation sont liées à la nature nationale de l'espace de négociation entre acteurs. Deux trajectoires principales d'internationalisation et d'alliance peuvent être distinguées, qui conduisent à des stratégies globales concurrentes, et à des visions différentes de l'organisation de l'économie mondiale: la globalisation, où les firmes cherchent à réaliser, en interne, une division mondiale du travail, et s'orientent vers une ouverture des échanges, et la glocalisation, où les firmes visent une division du travail entre firmes géographiquement concentrées, à l'intérieur d'ensembles commerciaux délimités.
Le livre montre également le lien entre stratégie d'internationalisation et orientations de la politique commerciale à partir des mêmes firmes, et examine comment elles ont progressé sous des régimes particuliers de commerce. Seules quelques unes d'entre elles ont progressé sous un régime de commerce libre. Les théories du commerce elles-mêmes naissent dans un environnement national et représentent un ensemble d'intérêts spécifiques.
Les auteurs examinent enfin les relations entre complexes industriels, centres de gravité de la restructuration internationale. Au niveau d'analyse national, les complexes industriels influent sur la cohésion des système industriels nationaux, et sur les politiques industrielles ou commerciales nationales. Au niveau régional, les voies de restructuration dépendent en particulier du complexe industriel et du système industriel ayant la plus forte cohésion. L'analyse de cette logique aide à comprendre la nature des systèmes régionaux en Europe, Asie de l'Est et du Sud-Est et Amérique du Nord, et leurs chances dans le mouvement de restructuration internationale.