| La lettre du GERPISA | no 105 (juillet 1996) |
Une année d'un constructeur - Kémal Bécirspahic dit Bécir
Fin avril 1996, le Financial Times et le Wall Street Journal écrivent que Fiat a doublé son bénéfice en 1995. Il a renforcé son internationalisation: deux salariés sur cinq (soit 100.000 personnes) travaillent à l'étranger; 40% de la production est réalisée hors de l'Italie, tout comme 60% des ventes de voitures. Fiat a choisi la Pologne comme premier site de production en Europe de sa voiture mondiale 178, et la Süddeutsche Zeitung précise que Fiat investira 690 millions de dollars en Pologne au cours des prochaines années. Le Quattroruote de février 1996 raconte que l'Innocenti Mille Clip commercialisée sur le marché italien est en réalité une Fiat Uno assemblée à Bielsko Biala en Pologne à partir de collections provenant de Villanova d'Asti en Italie; les moteurs sont fabriqués à Belo Horizonte au Brésil... Les ambitions de Fiat concernant le marché dans le Mercosur sont importantes: fort d'une présence de longue date au Brésil, Fiat a récemment débuté l'assemblage des Palio dans le pays, écrit la Stampa fin février.
Le magazine américain Time, dans son édition internationale, consacre un dossier spécial à Fiat à l'occasion du lancement des Bravo-Brava, sous le titre "La renaissance italienne". L'hebdomadaire souligne l'exceptionnelle restructuration de la firme depuis la récession de 1993 et rappelle les déclarations de Daniel Jones, responsable du centre de recherche Lean Enterprise de l'Université de Cardiff: "Les Italiens sont en train de supplanter les autres constructeurs européens en ce qui concerne les techniques de production et se rapprochent de très près des Japonais".
Toutefois, au premier trimestre de 1996, le groupe a subi un net recul de son bénéfice avant impôts, de 24%, en raison du renforcement de la lire et des performances médiocres de la filiale brésilienne notamment. Déjà en juillet 1995, 950 employés de l'usine de Rivalta ont été mis en cassa integrazione, en raison de l'interruption de l'assemblage des Tipo destinées au marché brésilien. Fin septembre, une grève des transporteurs de véhicules a pénalisé Fiat; l'objectif du mouvement de grève a été d'amener les fabricants, importateurs et distributeurs de véhicules à une table ronde en vue de négocier un accord national dans le secteur. L'usine de Rivalta, qui ne bénéficie pas d'une connexion ferroviaire adéquate, a été la plus touchée par cette grève: Fiat a mis près de 7.000 employés en cassa integrazione. L'usine de Mirafiori qui fonctinnait grâce au transport ferroviaire proche de la saturation, s'est vue contrainte également de recourir à la cassa integrazione, de même que Sevel Val di Sangro; au total quelque 20.000 employés de Fiat étaient concernés à la fin de la grève, le 17 octobre.
La baisse du marché italien au premier trimestre de 1996 contraint Fiat à recourir, pratiquement tous les mois de janvier à juillet 1996, à la cassa integrazione; parallèlement, les négociations sociales se poursuivent en vue de renouvellement de la convention collective. Et la Stampa et la Repubblica d'annoncer que Fiat a proposé aux syndicats de réintroduire une équipe de nuit à Rivalta, afin de faire face à une forte demande de voitures Bravo/Brava. Un mouvement de grève de huit heures a été observé le samedi 15 juin afin de protester contre les mesures simultanées de cassa integrazione et d'heures supplémentaires: les syndicats demandent une révision du programme de production...