La lettre du GERPISA no 104 (juin 1996)

Note d'ouvrage - Nicolas Hatzfeld


Fordism transformed

The Development of Production Methods in the Automobile Industry.
Haruhito SHIOMI et Kazuo WADA (eds.),
Oxford University Press, 1995, 320 p.

Ce livre, qui reprend les communications présentées à la Fuji Conference en 1994, montre que les méthodes de production inaugurées par Ford n'ont réussi à se développer dans leur pays d'origine et à se diffuser hors de celui-ci qu'en se transformant et en s'adaptant aux caractéristiques nationales. Outre les USA, sept autres grands pays producteurs d'automobiles sont examinés, selon trois thèmes.

Les différents systèmes Ford: cette première partie suit la mise en oeuvre et la modification du système jusqu'aux années 1970 selon trois directions auparavant dissociées : production au plus juste, production de masse et production de petite série. La production de masse diversifiée : alors que les usines Ford avaient été conçues pour produire un modèle unique, le défi suivant fut de maintenir la vitesse de la ligne dédiée en y introduisant la flexibilité. Sur cet aspect, le livre souligne le rôle pilote joué par la production aéronautique durant la seconde guerre mondiale (Kazuo Wada), et le recours par Toyota à des réseaux d'entreprises de montage (Haruhito Shiomi). La seconde direction est le développement des machines-transfert. Le livre montre le rôle pionnier joué par Ford même dans ce domaine, et présente la mise en place d'une automation plutôt rigide directement sur les lignes de production dédiées traditionnelles (David A. Hounshell). La troisième est l'application très contrastée du système Ford sur l'assemblage des petites séries, par BLMC en Angleterre et Nissan au Japon (Timothy R. Whisler), et la naissance de la spécialisation flexible chez Volvo en Suède (Nils Kinch).

La seconde partie étudie les différences dans la gestion de la production, particulièrement le contrôle de la qualité et la production de pièces par les fournisseurs. Ce sont en effet les progrès des techniques de gestion dans ces domaines qui ont permis le passage à la production de masse diversifiée. Le livre identifie deux types de contrôle de la qualité qui se sont greffés sur les méthodes de production fordistes. Le premier a été le Contrôle Statistique, dont on voit ici qu'il a été bien postérieur à l'introduction du système Ford en France (Patrick Fridenson). Le second a été le développement du Total Quality Control au Japon, examiné dans les cas de Nissan et Toyota (Izumi Nonaka). Les nouveaux systèmes japonais de fournitures sont comparés aux méthodes traditionnelles américaines, à partir d'un examen de la structure hiérarchique des fournisseurs au Japon et du développement de la conception concertée (Takahiro Fujimoto).

Le livre étudie enfin les rapports entre les différents systèmes Ford nationaux et les cadres socio-économiques. Ce qui pose la double question des contraintes que les systèmes socio-économiques alors en place ont fait peser sur le système Ford et, d'un autre côté, de l'influence que le système Ford a eue sur les systèmes socio-économiques. Le livre étudie ce double problème à propos de la place des relations entre hommes et femmes dans les stratégies managériales à l'égard des ouvriers en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis (Wayne A. Lewchuk), des relations professionnelles chez Fiat (Stefano Musso), et du rôle du système politique et économique national dans les deux Allemagnes puis en Chine populaire (Werner Abelshauser, Chunli Lee).


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