| La lettre du GERPISA | no 103 (mai 1996) |
Nouvelles du Programme - Jean-Claude Monnet
J'évoquerai la question de la "tension" entre constructeur et chercheurs, sous une forme hâtivement modélisante.
Le constructeur est intéressé par les enseignements d'une approche comparative de la dynamique d'évolution de ses concurrents et de la sienne propre, s'attachant à décrire et analyser les changements réels en se fondant sur des travaux de terrain de "première main"; il se trouve dans une situation originale d'apprentissage dans la durée d'un triple rôle: celui de contributeur financier à l'activité, au fonctionnement, ainsi qu'au programme du réseau international, celui de "client" du programme et celui de co-producteur (modeste) des connaissances.
Les chercheurs, rassemblés volontairement au sein du réseau autour d'un enjeu scientifique, la question du/des modèles industriels, s'inscrivent plutôt dans la perspective de la publication de connaissances (légitimement) académiques.
Si les chercheurs considèrent l'automobile comme un domaine d'investigation privilégié, susceptible de produire des connaissances nouvelles sur la notion de modèle industriel, le constructeur n'est lui-même intéressé par la notion de modèle, que dans la mesure où elle peut permettre d'expliquer et de mieux comprendre les trajectoires et les stratégies respectives, leurs échecs et leurs succès, et, plus généralement, d'éclairer les enjeux de l'industrie automobile aujourd'hui et demain.
C'est précisément dans l'analyse "historique et structurale" des trajectoires des différents constructeurs que réside sans doute l'un des apports les plus originaux du GERPISA dans ce programme.
Comment chaque constructeur a-t-il tenté de résoudre les problèmes rencontrés, quelles solution ont-elles été adoptées, quel est le degré de cohérence entre les changements opérés, quelle en est la pertinence par rapport aux évolutions de la demande, de la concurrence et du travail?
Quelles leçons sont tirées (ou non) des échecs et des succès? Quelles sont les capacités d'apprentissage respectives?
Surtout, quelle est la capacité prédictive de l'approche par les modèles et que peut-elle permettre de dire du futur de chacun des constructeurs au vu de leurs trajectoires passées?
Pour n'être pas qu'un appendice critique du programme IMVP (dont le moindre mérite n'est pas d'avoir mis en évidence des écarts de résultats quantifiés entre constructeurs japonais, américains et européens - même si les valeurs absolues peuvent être discutées), l'approche qualitative du programme du GERPISA doit aussi permettre de mieux comprendre les raisons de ces écarts, en soulignant le poids des conditions historiques et structurelles nécessaires à la réalisation des résultats des uns et des autres.