| La lettre du GERPISA | no 103 (mai 1996) |
Note d'ouvrage - Nicolas Hatzfeld
En introduction, Colin Crouch et Wolfgang Streek étudient la capacité de l'État-nation à gouverner aujourd'hui. Les États s'affaiblissent en général, et particulièrement dans l'Union Européenne avec les transferts de responsabilité. Cela favorise les capitalismes nationaux à faible intervention étatique et à institutions informelles. La déréglementation risque surtout de dissoudre les instances publiques et internationales de régulation.
Les autres chapitres examinent les particularités nationales. Ronald Dore montre que le système japonais est très marqué par des régulations institutionnelles, informelles et des liens communautaires, qui sont non pas "naturels" mais construits. La théorie néo-classique exprime la réalité américaine, qu'il est illusoire de vouloir plaquer au Japon. Wolfgang Streek présente l'assemblage institutionnel complexe et très fragile du capitalisme allemand qui, selon lui, avait trouvé ses limites dès avant la réunification. Le choc de celle-ci risque d'accentuer les chances du modèle anglo-saxon de s'imposer, malgré la performance du modèle "rhénan". Pour Jonas Pontusson, le modèle suédois, mort dans les années quatre-vingt, risque aussi de donner place à un système néolibéral, et les chances d'une évolution vers le type allemand sont limitées. Robert Boyer présente le capitalisme étatique français et son évolution depuis le tournant de 1983. Il envisage quatre possibilités de recomposition : retour à un fordisme étatique, modèle rhénan improbable, re-configuration étatiste ou capitalisme de marché, et conclut que de toutes façons, le particularisme français régressera. Marino Regini voit le cas italien comme un modèle spécifique combinant plusieurs stratégies de marché, et dans lequel les institutions jouent un rôle souvent sous-estimé. L'évolution du capitalisme britannique est selon Andrew Graham un échec, dû au dogmatisme idéologique de ses dirigeants conservateurs. Rogers Hollingsworth montre une économie américaine sapant ses propres bases institutionnelles et la cohésion de sa société. Il en tire un pronostic réservé. Enfin, Jean-Paul Fitoussi explique que l'Europe de l'Est s'est vu infliger brutalement un dogme libéral qui n'existe pas à l'Ouest.
Dans les trois chapitres de clôture : Philippe d'Iribarne insiste sur l'immersion de toutes les économies, y compris la libre concurrence anglo-saxonne, dans des ensembles culturels et institutionnels, et sur l'importance des régulations extra-marchandes aujourd'hui menacées. Philip Cerny présente, dans le contexte actuel d'internationalisation de la finance, le dilemme entre la déréglementation et des formes nouvelles, internationales ou transnationales, de re-réglementation. Enfin Susan Strange interpelle une grande partie des coauteurs qui, selon elle, exagèrent le rôle des institutions : le changement actuel est porté par des facteurs communs aux différents pays et mène à une uniformisation, selon des principes auxquels certains pays s'adapteront mieux que d'autres.