| La Lettre du GERPISA
| no 102
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Note d'ouvrage - Nicolas Hatzfeld
LEAN WORK
Steve Babson (ed.),
Detroit,
Wayne State University Press, 1995, 380 p.
En introduction, Steve Babson, coordinateur de l'ouvrage, critique l'usage
schématique et normatif de la "lean production", et définit la
notion d'empowerment , ou "attribution de pouvoir" aux travailleurs. Il
organise sept controverses.
- Les logiques de la "lean production". Mike Parker et Jane Slaughter
la définissent comme un système de réduction des
coûts grâce au "management par le stress". Pour John Paul Mac
Duffie, cela permet aux travailleurs de développer leur
compétence, leurs réseaux sociaux et leur identification avec
l'entreprise, et amène les syndicats à recentrer leur mission.
Selon Adrienne Eaton, ce système n'est par essence ni exploiteur, ni de
progrès social; mais les syndicats ne peuvent définir uniquement
leurs objectifs en termes de buts d'entreprise.
- La "lean production" resituée dans l'histoire japonaise. John
Price examine les années de formation du système au Japon, de
1946 à environ 1970. Hideo Totsuka a étudié les syndicats
d'entreprise chez Toyota et Nissan au Japon. Pour lui, le modèle
japonais est pluriel, et résulte de circonstances uniques.
- La méthodologie. Karel Williams et ses collègues
rejettent la méthode du MIT en expliquant qu'elle ne peut neutraliser
les nombreuses différences entre usines et véhicules. Ils
proposent une analyse sur d'autres bases. Candace Howes explique que les
constructeurs japonais n'exportent probablement pas dans leurs transplants
américains le noyau de leur système de production. Enfin, John
Paul Mac Duffie et Frits K. Pil répondent aux critiques en
décrivant les ajustements continus de la comparaison faite par le MIT.
- Six études de cas. Laurie Graham expose la "lean production"
dans l'usine Subaru-Isuzu, un établissement sans syndicat. Paul Adler
présente NUMMI qu'il définit comme une forme de "taylorisme
démocratique". James Rinehart, Chris Huxley et David Robertson examinent
des résultats contrastés dans la joint-venture GM-Suzuki (CAMI),
qui ont débouché sur le conflit de 1992. Des conflits similaires
sont apparus dans l'usine Mazda que présente Steve Babson. Les deux
derniers cas concernent le Mexique. Pour Harley Shaiken, les résultats
de l'usine d'Hermosillo justifie aux yeux de Ford sa stratégie de
délocalisation. Par contre, Susan Helper montre les coûts
cachés des transplants des Maquiladoras.
- Deux modèles européens à hauts salaires et
organisation participative du travail. L'usine Volvo à Uddevalla,
selon Christian Berggren, continue d'être une alternative viable à
la "lean production". Ulrich Jürgens distingue le modèle allemand,
par les niveaux exceptionnellement élevés de la qualification
ouvrière et de l'automatisation.
- La formation. James Jacob analyse le système de MACI, un
joint-venture de Toyota et Nippodenso, sans syndicats: la formation est
concentrée sur les personnels qualifiés alors que celle des
ouvriers en production se limite à la mémorisation de
procédures standardisées. Gary Saganski décrit une
formation très différente à Rouge Steel: présence
syndicale; formation centrée sur l'ouvrier; utilisation de
collègues-formateurs.
- Les politiques publiques. William Green s'inquiète des
tendances mettant en cause des lois sur le travail, au nom des nouvelles
relations apportées par la "lean production". Irving Bluestone
espère qu'une réforme de ces lois enrayera les tendances
anti-syndicales et augmentera les perspectives de coopération entre
management et syndicats; il ajoute que la politique publique doit agir comme
catalyseur.
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