| La lettre du GERPISA | no 102 (avril 1996) |
Une année d'un constructeur - Kémal Bécirspahic dit Bécir
La cession de Rover à BMW a entraîné une plus value de presque 400 millions de livres dans les comptes de British Aerospace et contribué au retour aux bénéfices du groupe britannique en 1994. Rover Group a été le plus important producteur automobile britannique en cette année 1994 et a ainsi ravi la première place à Ford pour la première fois depuis plus de dix ans: porté par des ventes en hausse à l'exportation et une forte demande pour ses tout terrain, Rover a produit presque 500.000 unités (+ 14,1 %), dont plus de 90.000 pour Land Rover (+ 38,5 %).
Mais en décembre 1995, le Herald Tribune pose la question: "BMW aurait-il dû racheter Rover?". Cette transaction, considérée à l'époque comme judicieuse, apparaît aujourd'hui aux yeux des analystes comme un investissement à long terme très risqué: la firme britannique pourra-t-elle se remettre de deux décennies de faible rentabilité, dans une conjoncture peu favorable à l'expansion du marché des voitures haut de gamme? Les deux constructeurs indiquent toutefois que la stratégie mise en place court sur plusieurs années et que les résultats à court terme ne la remettront pas en cause.
Le Automotive News indique que BMW envisage des implantations conjointes avec Rover sur de nouveaux marchés, notamment en Asie du Sud-Est, éventuellement en Amérique du Sud. L'usine Land Rover en Afrique du Sud est entrée en activité en mars 1995, et, en septembre, le Wall Street Journal écrit que Rover démarre la fabrication de sa gamme de voitures et d'utilitaires Maestro à Varna, en Bulgarie. Rover espère s'implanter commercialement sur d'autres marchés dans les Balkans et l'Est de l'Europe.
Fin janvier 1996, le Financial Times annonce que Rover a produit plus de 500.000 véhicules en 1995, franchissant ainsi la barre du demi-million pour la première fois depuis 1989. Les ventes mondiales ont augmenté de 2 %, à un peu plus de 480.000 unités.
Cependant, aux yeux des analystes, l'un des principaux problèmes de Rover réside dans la diversité de sa gamme: trois modèles Land Rover, auxquels s'ajoute une série de voitures Rover allant de la petite Série 100 à la Série 800, complétée par les voitures Mini, Metro et MG. En outre, la marque Rover ne bénéficie pas encore auprès des consommateurs du prestige des marques de luxe telles que BMW et Mercedes. Le Car indique que, d'après les projets de BMW pour le groupe Rover, les marques Rover et Land Rover conserveront une place essentielle, mais l'on devrait voir resurgir à leur côté les appellations Austin Healey, Riley et Mini, anciennes. BMW continuera à donner la priorité à Land Rover, hautement rentable, et enrichira sa gamme: la nouvelle Range Rover, le remplacement du Discovery et l'addition d'un modèle moins onéreux, plus petit et plus moderne (CB40) en 1997. Et le Financial Times annonce, en mai 1995, que Rover devrait investir environ 2 milliards de livres d'ici 2000 dans le développement de nouveaux produits et dans l'expansion et la modernisation de ses installations, chiffre que le Handelsblatt du lendemain qualifie de "spéculation"...