La lettre du GERPISA no 101

Questions de recherche (1) - Kémal Bécirspahic dit Bécir


Écoles techniques et professionnelles
Berliet, Peugeot, Renault : Quelles formations pour quels emplois ?

Les communications écrites de Christophe Gallet ("L'Ecole Berliet, des apprentis-ouvriers aux élèves-techniciens, 1906-1970"), de Nicolas Hatzfeld ("L'Ecole d'apprentissage Peugeot, 1930-1970") et d'Emmanuel Quenson ("L'Ecole d'apprentissage Renault, 1919-1989"), discutées pendant la séance matinale de la journée de travail du 16 février 1996 sous le titre "Quelles formations pour quels emplois ?", ont soulevé des questions de recherche de trois ordres :

1. Sur l'origine de ces écoles

Ont-elles été le fruit d'une crise de l'apprentissage au sein des différentes professions ou d'une pénurie de main-d'oeuvre qualifiée? Yves Lequin dans son article "L'apprentissage en France au 19ème siècle: rupture ou continuité?" le conteste vigoureusement. Ou est-ce l'automobile, produit nouveau, qui a engendré des techniques spécifiques nouvelles devant faire l'objet de formations non disponibles alors dans les professions traditionnelles ?

Ou bien encore leur apparition coïncide-t-elle avec les tentatives de changement de méthodes de fabrication et d'organisation ?

2. Sur leur évolution

Ces écoles ont beaucoup évolué en ce qui concerne les formes et contenu des formations, leur personnel enseignant, les qualifications visées, les débouchés dans l'entreprise et hors de l'entreprise. Elles conduisaient au sein de l'entreprise vers les professions d'ouvrier qualifié d'entretien, d'outilleur et vers l'encadrement. Les formations étaient durant l'entre-deux-guerres essentiellement celles d'ajusteur, tourneur et fraiseur.

Suffisaient-elles à remplir la gamme des qualifications nécessaires, ou bien se limitaient-elles à ces professions parce qu'elles étaient rares dans la période de mise en place des nouvelles méthodes de fabrication? Quelle fonction l'école remplissait-elle quant à la création d'un noyau dur de l'entreprise? Mais aussi elle fournissait une masse de gens qui allaient travailler ailleurs. Est-ce rationnel pour l'entreprise ?

Derrière ces questions il y a tout un débat: dans quelle mesure et à quelles conditions l'entreprise est-elle un lieu de formation? En fonction de la diffusion des formes de production fordienne et des évolutions technologiques de l'après-guerre, quelles ont été les transformations de ces écoles ?

Qu'est-ce qu'une formation "complète, rationnelle, méthodique" qui détermine les programmes dont se prévalent ces écoles ? De même, la notion de perfectionnement désigne-t-elle le passage d'ouvrier qualifié aux rôle, fonction et statut de technicien ? Le perfectionnement désigne-t-il des procédures de promotion interne et l'acquisition de qualifications dans le travail lui-même? Et dans quelle mesure tout ceci est-il bouleversé par l'arrivée de la formation continue? Les lois sur la formation continue (1971) n'ont-elles pas provoqué une incitation à la transformation du système ?

Dans quelle mesure les jeunes sont-ils acteurs du système de formation? Jusqu'en 1934-35, la formation d'atelier l'emporte en temps et en coefficient. Quand on a une formation qui est d'abord une formation d'atelier, forcément le jeune est acteur de cette formation, autant que le compagnon qui lui transmet l'héritage de ses tours de main, de sa connaissance pratique et pratiquée. Et lorsqu'on change de système (1935-1960), les jeunes sont-ils toujours autant acteurs et comment vivent-ils la formation théorique et la formation d'atelier ?

3. Sur les causes de leur disparition

On pourrait interpréter la formation professionnelle comme le passage entre la formation par les corporations et la formation prise en charge par l'Etat. Mais les comparaisons internationales montrent que la formation par les corporations et la formation par l'entreprise ont perduré ailleurs avec certes des changements de contenu et de fonction. On peut s'interroger d'ailleurs sur leur disparition effective. Les centres de formation continue de certains constructeurs ont pu avoir une section apprentissage. On voit par exemple apparaître aujourd'hui des projets d'Ecole pour des spécialités rares .


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