| La lettre du GERPISA
| no 101
|
Note d'ouvrage - Nicolas Hatzfeld
Citroën,
Peugeot, Renault et les autres, soixante ans de stratégies
Jean-Louis Loubet
Paris,
Le Monde-Editions, 1995, 637 pages
Ce livre retrace l'histoire des stratégies des grandes firmes
française, depuis la crise des années trente jusqu'à
aujourd'hui: les problèmes posés, les projets, les choix
effectués, les mises en oeuvre. L'ensemble du travail se fonde notamment
sur l'exploitation de nombreuses archives des directions ou de dirigeants de
ces entreprises ainsi que sur de multiples entretiens, ce qui lui procure son
caractère à la fois vivant et particulièrement
documenté. Sur cette période, il constitue à ce jour le
tableau le plus complet de l'industrie automobile française. L'ouvrage
peut être abordé selon les six grands enjeux qui le structurent.
- Les choix productifs des constructeurs répondent aux
tendances de chaque époque: profondes maturations découlant de la
crise des années trente, nouvelle donne de l'après-guerre
créant les conditions favorables à la production de masse;
complexifications industrielles et sociales des années soixante;
resserrements drastiques des années quatre-vingt. Ces choix expriment
aussi, en les recomposant, l'identité de chaque entreprise.
- Les politiques d'association et les regroupements: si la
Régie Renault a souvent pris l'initiative d'accords, elle a rarement
réussi, sans doute entravée par son statut nationalisé. Et
c'est par sa robustesse financière que Peugeot devient le pivot de
l'autre groupe français, PSA. Pour l'avenir, la riche expérience
française en ce domaine incite à envisager plutôt des
accords ponctuels.
- La conception: s'émancipant progressivement du modèle
américain, les firmes françaises élaborent peu à
peu "l'automobile à la française", qui associe confort,
sécurité et fonctionnalité. Les relâchements des
années soixante-dix sont corrigés dans la dernière
décennie.
- Le rapport au marché français: après la
production de masse, le tournant généraliste,
réalisé autour des années soixante, révèle
le dynamisme de Renault et Peugeot, et les blocages ou les contradictions de
Citroën et Simca.
- L'exportation est longtemps considérée comme
secondaire. Les aventures américaines, celle de Renault en premier,
échouent. La construction d'une stratégie d'exportation,
relativement récente, est désormais méthodique et
volontaire dans les deux groupes. Sa dimension fortement européenne est
toutefois peut-être source de fragilité.
- Le montage à l'étranger, enfin, n'a
émergé que progressivement et récemment comme un axe
stratégique fort. Après des années de simple exploitation
d'opportunités, des usines-relais furent installées à
partir de la fin des années soixante, et restèrent
limitées jusqu'aux dix dernières années.
Deux autres
thèmes forts parcourent l'ensemble du livre. D'une part,
l'identité des entreprises: chacune réagit de façon
spécifique à chaque contexte, ce qui offre des typologies variant
selon les enjeux, mais qui donne également sens à la trajectoire
de chacune. D'autre part, l'importance du rapport à l'Etat. Aucun des
enjeux et des choix majeurs des firmes n'est séparé de l'action
de celui-ci: de la nationalisation de Renault aux pressions fiscales, en
passant par les aides à la décentralisation, les injonctions
à exporter ou à se regrouper, le rôle de l'Etat est ici
fortement pris en compte. L'image qu'en renvoient les entreprises est
d'ailleurs sur plusieurs domaines étonnamment colbertiste.
Retour au sommaire du numéro 101
Retour à la liste des numéros disponibles