| La lettre du GERPISA | no 101 |
Débat
Proposition d'un groupe d'études sur l'industrie et les
salariés de l'automobile
mars 1981
L'industrie de l'automobile et les salariés qu'elle emploie ont fait depuis 30 ans régulièrement l'objet en France de travaux de recherche. Ces travaux ont alimenté la réflexion sur la croissance, les structures industrielles, l'espace économique, les transformations du travail, les politiques du personnel, les bassins d'emploi, les pratiques ouvrières, le progrès technique, les relations internationales, etc..
L'intérêt pour cette branche non seulement ne se dément pas, mais s'accroît avec les profonds bouleversements dont elle est l'objet, et dont chacun mesure les conséquences économiques, politiques et sociales qu'ils auront sur l'ensemble de la société. A nouveau, la construction automobile va constituer un élément indispensable de la réflexion sur la période que nous vivons.
Aussi, il nous est apparu opportun et utile de proposer que les chercheurs dont le (ou un des) terrain d'enquête est l'automobile se rencontrent et confrontent leurs travaux. On peut en attendre toutes les retombées positives propres à ce type de groupe : diffusion rapide des résultats, identification de ce qui est en débat, échanges d'information et de certaines sources, apparition d'interrogations nouvelles, confrontation avec d'autres orientations théoriques et méthodologiques, constitution de relations régulières de travail avec certains, possibilité d'initiatives nouvelles, etc..
D'autres raisons plus importantes encore nous paraissent rendre scientifiquement féconde la constitution d'un tel groupe. Depuis plusieurs années, on peut observer la formation dans de nombreuses disciplines d'un courant de recherche privilégiant l'approche par branche ou par entreprise sur longue période. Ce courant a des origines diverses. Mais dans tous les cas, il vise à se donner un terrain permettant d'approcher les processus réels, pour échapper aux pièges de l'abstraction intemporelle et théoriciste et pour rendre possible la compréhension des phénomènes macro-économiques ou microsociologiques.
Pour certains d'entre nous, cette approche historique par branche a de plus pour justification le caractère central de l'analyse de l'évolution du procès de travail, et la nécessité d'appréhender simultanément mouvements économiques et mouvements sociaux, pour progresser dans l'explication et l'élaboration théoriques.
Pour une fois, nous semble-t-il, la pluridisciplinarité a une base réelle. En dehors de tout volontarisme scientifique, il apparaît à des chercheurs de disciplines différentes travaillant sur le même terrain que l'analyse des processus réels au sein d'un élément du système économique correspond à une nécessité dans la conjoncture scientifique actuelle.
Hors de cette convergence, la diversité théorique la plus grande se rencontre parmi nous. Que peut-il sortir de discussions régulières? Si nous nous mettons d'accord sur des règles élémentaires de travail en commun, il nous semble que nous pouvons aller au-delà des avantages du séminaire classique, et parvenir à être un foyer d'élaboration d'une démarche scientifique originale, pour les raisons indiquées plus haut. L'expérience vaut la peine d'être tentée.
Des initiatives du même type ont été prises ou sont actuellement prises dans d'autres pays, notamment en Angleterre à la London School of Economics qui se propose d'organiser en 82 un colloque franco-italo-anglais sur l'automobile. Le séminaire pourrait être aussi un moyen de préparer ce colloque et d'aider à la constitution de relations internationales, voire d'un réseau permanent, permettant la circulation de l'information, des résultats, et la mise sur pied de recherches conjointes.
Enfin, le secteur et les salariés de l'automobile sont et vont continuer à être au centre de nombreux débats publics. Nous constituons un potentiel scientifique de fait. N'avons-nous pas un rôle à jouer en fournissant travaux, éléments pour éclaircir les enjeux, réflexions? De nombreuses initiatives collectives sont possibles.
Si les facteurs précédents rendent utile un groupe d'études, ils n'en garantissent pas la réussite. Celle-ci dépend aussi de conditions matérielles à réunir et de règles à définir entre nous. Nous vous en proposons à la discussion quelques unes. Nous sommes répartis sur tout le territoire national. La participation régulière et effective de tous dépendra de notre capacité à réunir des crédits pour payer nos frais de déplacements. Il nous parait possible d'en obtenir. Un budget propre est rendu également nécessaire pour pouvoir diffuser les exposés faits, les discussions collectives, les réflexions des uns et des autres, et pour pouvoir éventuellement inviter des chercheurs étrangers.
La formule de séance de travail d'une journée entière, qu'emploient nos collègues anglais, semble rendre possible et justifier des déplacements longs. Nous pourrions la retenir.
La réussite du groupe d'études nous parait dépendre aussi de sa composition. Suite à plusieurs expériences, le travail de première main est, nous semble-t-il, une condition essentielle de participation: pour assurer la richesse des débats, pour en garantir la capacité d'interrogation, pour lutter contre une division du travail rapidement inacceptable. Le travail de première main n'est pas une fin en soi. La capacité d'interrogation vient aussi de la capacité d'élaboration théorique. Si le groupe ne trouve pas en son sein une variété suffisante de problématiques, nous pourrons inviter tel ou tel chercheur intéressant de ce point de vue, bien que ne travaillant pas sur le secteur de l'automobile.
D'autres règles vont de soi, mais vont encore mieux en les rappelant. Traditionnelles, elles gardent leur actualité, bien que parfois pesantes et rituelles, tant que persistera le mode actuel d'organisation de la recherche et d'évaluation scientifique, dans lequel nous sommes pris et qui repose sur une conception fausse des modalités de la conception des idées pertinentes. Faire scrupuleusement référence aux travaux, aux exposés, aux discussions, dont on utilise les résultats, les informations, les idées. Ne citer les travaux inédits qu'avec l'autorisation de l'auteur.